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Fantasmes d'enfant - Enfants du fantasme-Lille 12/03

8 Février 2016 , Rédigé par laurent rompteaux

samedi 12 mars 2016
à Lille - SKEMA

17ème colloque de l’ALEPH et du CP-ALEPH

Samedi 12 mars de 9h30 à 18h00

Le fantasme ne soutient pas seulement le désir, il prépare aussi la création, voire la procréation – celle d’un nouvel être humain, par exemple. Avant de venir au monde, l’enfant peut être désiré, attendu avec espoir, parfois pour donner un sens à la vie de ses géniteurs1. Or, il est lui aussi l’objet de fantasmes. Ses parents le nomment, le craignent parfois, se l’imaginent, l’identifient à un ancêtre ; ils le découvrent sur une échographie, communiquent déjà avec lui alors qu’il est encore dans le ventre de sa mère. Ces préparations à « l’heureux événement » témoignent des demandes et des désirs que cet être suscite déjà chez ses futurs parents avant même sa conception : si l’enfant descend de ses parents, il est aussi l’enfant de leurs fantasmes.

Pas seulement ! Car depuis plusieurs décennies, le triangle idyllique (et parfois infernal) du père, de la mère et de l’enfant, est passablement dérangé par un intrus, nommé « la science ». La recherche génétique et médicale a fait pâlir le privilège de la procréation par l’union « naturelle » d’un homme et d’une femme. L’assistance médicale à la procréation (PMA) donne aujourd’hui leur chance à des êtres humains qui étaient auparavant exclus de la parentalité : hommes ou femmes de même sexe ; hommes ou femmes stériles. C’est d’autant plus nécessaire que l’adoption se raréfie, et le seul reproche que l’on peut faire à la recherche scientifique est que ses résultats sont encore fragiles et partiels. Mais certains vivent cette intervention de la science dans la vie, jadis supposée réglable par l’alliance du naturel et du sacré, comme un sacrilège et, quand un enfant naît d’une gestation pour autrui, il est traité « comme autrefois les bâtards2 ». Que la science puisse maintenant se mêler de la vie intime du sujet mobilise des fantasmes, insultes et anathèmes réactionnaires, amplifiés récemment par la « Manifestation pour tous ».

Peu d’adultes déposent le lorgnon du fantasme quand ils se trouvent face à un enfant qui leur est cher. Ils attendent de lui ou d’elle qu’il réalise les idéaux qu’ils n’ont pas réussi à atteindre. Ils adhèrent parfois au fantasme « On tue un enfant3 » et, dans certains cas tragiques, devenant infanticides, lui reprennent même la vie réelle qu’ils lui avaient donnée.

L’enfant, quant à lui, fantasme à son tour. Pendant ses premières années, son fantasme répond souvent à ses interrogations existentielles, auxquelles il ne reçoit pas les réponses qu’il attend de l’autre. Tel le roman familial, les fantasmes primaires ont pour l’enfant la fonction de suppléer aux défauts de ses propres recherches sexuelles. Le fantasme de l’enfant s’élabore selon trois versants : il cherche sa place dans le désir de l’autre, il veut sortir de son désarroi face aux énigmes de la différence sexuelle et il s’interroge sur ses origines.

Freud comparait le fantasme à une « réserve d’Indiens Rouges4 ». Il n’est pas sûr que ce monde à part existe encore pour l’enfant de nos jours quand il a acquis la parole. Dès qu’il dispose de la compétence linguistique, il évolue aussi dans l’espace du numérique. Il excelle souvent dans les jeux informatiques toujours plus sophistiqués. Ces jeux devancent parfois son imagination. Il joue ainsi aussi à la guerre alors que d’autres enfants, moins chanceux que lui, doivent déjà la faire dans un réel mortifère.

Le fantasme augmente et célèbre la vie, et l’enfant peut être son fruit. Mais il existe aussi des fantasmes qui amènent à la destruction. Le développement de la science et de la technologie défie le fantasme comme fenêtre sur le réel et ensevelit souvent le sujet sous un flot d’images obscènes. Il est donc temps de réarticuler avec Lacan « la logique du fantasme » grâce à laquelle le sujet peut trouver dès son enfance son être de désir. Dans ce cas, l’être parlant a une chance non seulement de vivre en accord avec son désir mais aussi de sublimer ses fantasmes en réalisant des projets porteurs de vie en faveur de la communauté humaine.

1 Il est « pôle d’attentes ». Cf. Jacques Lacan, « Remarques sur le Rapport de Daniel Lagache », Écrits, Paris, Le Seuil, 1966, p. 652.
2 Comme le dit la sociologue Irène Théry dans une interview de Libération, vendredi, 19 juin 2015.
3 Serge Leclaire, On tue un enfant. Paris, Le Seuil, 1975.
4 En allemand « Schonung ». Cf. Sigmund Freud, « Der Realitätsverlust bei Neurose und Psychose », in Gesammelte Werke, XIII, Francfort, 1969, p. 367.

Les intervenants au colloque seront:

Marie Lenormand : Fantasme(s) de l’enfant, théories infantiles et roman familial

Ces trois termes ont trait à l’activité du « phantasieren » – imaginer/fantasmer – chez l’enfant. Comment s’articulent-ils et/ou se différencient-ils ? Comment nous permettent-ils de penser la cure avec l’enfant et notamment sa fin ? En tant que « solutions » aux énigmes insolubles qui se posent à l’enfant, doit-on les considérer sur le versant où elles viennent « faire écran » ou plutôt sur celui de « l’invention »? Ces deux versants sont-ils dissociables ? Quelles conséquences pour la cure avec l’enfant et son caractère ou non achevable ?

Vincent Le Corre : Mythe et fantasme chez un enfant

Freud a révolutionné la compréhension des mythes en les reliant au fantasme. Lacan a éclairé cette articulation grâce à sa lecture de Levi-Strauss. Si le fantasme soutient et organise le désir, il donne également forme au jeu des enfants. Toutefois, ce dernier peut prendre une tournure compulsive. Ainsi, un enfant a inventé, au seuil de la puberté, un jeu qui s’est transformé, au cours de sa psychothérapie, en l’élaboration fantasmatique autour d’un mythe individuel.

Franz Kaltenbeck : « On dirait un môme »

L'enfant n'est pas seulement le pôle d'attente ou le support narcissique de ses parents, ce revenant qui leur permet d'accéder à l'immortalité, selon Freud.

Pour les grands dramaturges, il est aussi celui qui révèle le destin (Shakespeare, Macbeth) ou un messager (Beckett, En attendant Godot et Fin de partie). Nous consacrerons notre exposé à ces fonctions dramatiques de l'enfant, peu abordées par la psychanalyse.

Sylvie Boudailliez : Enfant de l’adultère et enfant « à tout prix »

Le fantasme qui soutient le désir d’enfant est traversé par l’histoire de ses parents et est parfois marqué par les tourments de sa conception.
Le cas illustrera comment pour cette mère, le désir d’enfant « à tout prix » est empreint d’une part d’un désir de vengeance, de règlement de compte et d’autre part d’une difficulté à procréer, intriquée à problématique œdipienne, qui conduit la jeune femme à une démarche de FIV.

Coupure

Iris Kaltenbäck : « Le vol des cigognes » (film : fiction, 2015, 29 min) - La fémis, France

Un soir, dans une maternité, Ana enlève un nouveau-né. Quelques jours plus tard Julien, son compagnon, rentre de l’armée. Ana l’accueille avec leur bébé…

Lyasmine Kessaci : Le réel du fantasme

« Un enfant est battu » : écriture ordinaire du fantasme, selon Freud.
« Un enfant est malade » : version actuelle, et dramatisée, du même fantasme ?
Peut-être. À ceci près que c’est aussi une réalité que certaines mères peuvent induire, en secret, et exhiber pourtant, sous couvert de demander à l’autre médical de soigner l’enfant. c’est ce qu’on a appelé, à la fin des années 70, le syndrome de « Münchhausen par procuration ». Une mise en acte d’un extrême du fantasme ? C’est ce dont nous discuterons à partir de l’examen de quelques cas cliniques et en nous laissant guider par leur enseignement.

Daisuke Fukuda : Fantasme d'un enfant transpercé par les mots

Le résumé : Il s'agit d'un jeune homme très doué en littérature voulant devenir poète dès son enfance. Il exploitera, ne serait-ce que assez timidement, le système compliqué de l'écriture japonaise. A 20 ans, il renoncera à la poésie pour des raisons énigmatiques. Je voudrais élucider la raison de ce renoncement dans son rapport avec son fantasme.

Geneviève Morel : Meurtrières au nom d’un enfant

On s’intéresse plus aux mères infanticides qu’à celles qui tuent pour leur enfant. Peut-être parce qu’on croit à l’instinct maternel : à la différence des premières - ces criminelles dénaturées -, on considère, sans bien se l’avouer, le geste des secondes comme admirable. En effet, leurs meurtres ne concentrent-t-il pas l’essence d’une maternité idéale bien que poussée à l’extrême ?
Et si ces meurtres étaient au fond plus cyniques qu’idéalistes ?
Évoquons seulement ici la noble romaine Cornelia qui voulut rester dans l’Histoire avec le seul nom de « la mère des Gracques ». Ses enfants, pour lesquels elle refusa la main d’un Roi, n’étaient pas seulement son idéal puisqu’elle affirmait, selon Plutarque, qu’ils étaient ses seuls bijoux donc, peut-on en déduire, ses seuls bien et exclusive possession.
J’explorerai, à partir d’exemples, l’aperçu ouvert par de tels meurtres sur le fantasme féminin et la place qu’y prend l’enfant : idéal ou cause plus matérielle du désir ?

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