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UN PSYCHANALYSTE DANS LA TOURMENTE Amiens 16/02

1 Février 2012 , Rédigé par laurent rompteaux Publié dans #conférences


Soirée-débat

UN PSYCHANALYSTE DANS LA TOURMENTE
AUTOUR DU SEXE, DU GENRE ET DE LA SEXUALITE.

 


avec Colette CHILAND
Agrégée de philosophie .
Professeur honoraire de psychologie clinique à René Descartes.
Psychiatre au centre Alfred Binet.
Psychanalyste membre de la S.P.P .


Ouvrages :

- Sois sage, ô ma douleur. Réflexions sur la condition humaine, Paris, Odile Jacob., 2007
- Le transsexualisme, PUF, "Que sais-je ?", 2003
- Le sexe mène le monde, Paris, Calmann-Lévy., 1999
- Les enfants et la violence, PUF, 1998
- Autismes de l’enfance, PUF, "Monographies de psychanalyse", 1997
- Changer de sexe, Paris, Odile Jacob., 1997
- L’ enfant de six ans et son avenir, PUF, "Fil rouge (le)", 1992
- Mon enfant n’est pas fou, Paris, Centurion., 1989


Au sein de notre société multiculturelle, une nouvelle culture a pris une ampleur croissante depuis les années 1950 avec l’introduction du terme « transsexualisme » par Harry Benjamin en 1953, l’invention du « genre » identitaire à côté du genre grammatical par John Money en 1955, le combat des homosexuels contre la persécution dont ils étaient l’objet et le retrait de l’homosexualité de la liste des maladies mentales par un vote de l’American Psychiatric Association en 1973. Nous assistons à une véritable tourmente engendrée par le mouvement LGBTIQ, Lesbien Gay Bisexuel Transgenre Intersexe Queer. Queer est un mot anglais qui signifiait « bizarre » et a été utilisé pour stigmatiser les homosexuels, puis repris avec fierté d’abord par les homosexuels, ensuite dans la mouvance transgenre pour caractériser une identité indifférenciée, d’aucun sexe/genre, de l’un ou l’autre, ou des deux à la fois ; on pourrait dire que, être queer, c’est se débarrasser du genre vécu comme carcan. Ce mouvement LGBTIQ aux facettes et aux fractions multiples va jusqu’à affirmer que, pour que la sexualité soit libre, il faudrait que le choix du sexe soit libre.

Que vient faire un psychanalyste là-dedans ? Je suis tombée dans la marmite, non pas de la potion magique d’Astérix, mais de la potion délétère du transsexualisme le jour où le petit Antoine, âgé de 4 ans, est entré dans mon bureau et m’a déclaré qu’il voulait devenir une fille. Je me suis occupée d’Antoine avec mon équipe et j’ai constaté qu’une équipe s’appuyant sur la théorie psychanalytique pouvait faire un travail utile avec un tel enfant et sa famille.

Puis j’ai découvert les transsexuels adolescents et adultes. Harry Benjamin avait affirmé depuis 1953 que la psychanalyse ou la psychothérapie était impuissante devant le transsexualisme et proposé la « réassignation hormono-chirurgicale du sexe » comme seul traitement possible pour ces personnes en grande souffrance. Il s’était alors trouvé des psychanalystes pour affirmer au contraire que les transsexuels relevaient de la psychanalyse, de la « cure-type » comme nous disons en France. Avaient-ils jamais eu un transsexuel sur leur divan, on peut en douter. Mais tout psychanalyste confronté au « phénomène transsexuel » (Benjamin) fait ce que j’appelle « la maladie infantile du psychanalyste » et croit qu’il va pouvoir faire changer d’avis les personnes qui le consultent.

Puis il guérit de cette maladie en disant, non pas qu’il ne sert à rien, mais qu’il ne peut que fournir un « accompagnement » de la personne, qu’elle décide ou non de demander ce qu’on appelle en France « la transformation hormono-chirurgicale du sexe » ; cet accompagnement nécessite qu’il soit « neutre » quant au projet de la personne. Un psychanalyste, ce n’est pas seulement un psy qui fait des cures types, c’est plus fondamentalement un psy qui prend en compte « l’épaisseur » du psychisme humain et tente de donner une cohérence au déroulement d’une histoire vécue. Cet accompagnement l’amène à avoir des vues différentes de celles de Freud et de beaucoup de psychanalystes sur le sexe, le genre (que Freud ignorait, on ne l’avait pas encore inventé), la construction de l’identité sexuée, la sexualité et l’homosexualité…

Avec les enfants qui refusent leur sexe d’assignation, qui est leur sexe biologique, le « psy » peut avoir un rôle plus important. En travaillant à améliorer les interactions de l’enfant jeune avec ses parents, très souvent on voit l’enfant accepter son sexe. Mais ici deux écoles ou idéologies s’affrontent, ceux qui pensent aider l’enfant par un tel travail, et ceux qui crient au martyre : « Laissez-les vivre et choisir leur sexe ! ».

Ce travail fait avec les enfants et leur famille permet de proposer une hypothèse quant à l’étiologie énigmatique du transsexualisme : l’enfant très précocement, dès la première année, refuse d’être traité comme il est traité, il refuse la position de garçon ou de fille qu’on lui assigne ; à cette époque, il est bien incapable de verbaliser ce qu’il vit, il n’a pas de souvenirs qui s’inscrivent dans une mémoire verbale ; il réagit à un malaise intense en se comportant autrement, comme si tout irait mieux s’il appartenait à l’autre sexe. Son sexe et l’autre sexe, il ne sait même pas ce que c’est ; ce sont ses parents qui ont dans la tête des pensées et des sentiments complexes à propos de son sexe et l’enfant réagit en construisant une image de ce qu’il veut être.

Des facteurs biologiques favorisants ? Il y en a peut-être. Jusqu’ici on n’a rien trouvé de valable, malgré le bruit qu’on a fait, par exemple autour de la subdivision centrale du noyau basal de la strie terminale (central subdivision of the bed nucleus of the stria terminalis). Par contre, on a constaté que des facteurs phénotypiques (et non pas génotypiques) jouaient un rôle, telle l’attractiveness, l’attraction qu’exerce un bébé ; un joli bébé est pris pour une fille, une fille agitée pour un garçon. De toute façon, l’équipement psychobiologique à la naissance est variable, mais, quel qu’il soit, donne toujours lieu à des interactions avec l’environnement.

La psychiatrie du bébé, la psychiatrie périnatale ont montré les compétences précoces des enfants et le rôle majeur des interactions précoces (j’utilise ce terme pour recouvrir l’attachement, l’identification, etc.). C’est une très grande question, qui déborde le problème des Gender Identity Disorders, de savoir ce qu’il est possible ou non de mobiliser dans les conséquences des interactions précoces. Il y un roc du psychologique comme il y a un roc du biologique.

À partir de là, on comprend la pauvreté du discours des transsexuels sur le masculin et le féminin, pauvreté constatée par tous, et qui m’avait toujours intriguée. On comprend que, dans le refus du sexe d’assignation, il s’agit de couches premières et non verbales du psychologique, qui contribuent au développement, et ne peuvent plus être accessibles et mobilisables dans l’après-coup par des stechniques psychothérapiques (pas seulement psychanalytiques, la Thérapie Cognitivo-Comportementale ne s’est pas attaquée à ces problèmes).
Sur plusieurs centaines de personnes transsexuelles que j’ai rencontrées, une seule a renoncé à la transformation après deux psychanalyses successives ; la psychanalyse n’est pas un échec, elle n’est pas mise en œuvre, elle est tout simplement refusée par la personne transsexuelle avant la transformation ; c’est seulement après la transformation qu’un certain nombre de personnes transsexuelles, s’adaptant incomplètement à leur nouvelle identité, peuvent envisager de prendre en considération sur la scène psychique ce qui, en elles, a relevé du sexe biologique (voir le bel exemple rapporté par Danielle Quinodoz).


JEUDI 16 FEVRIER 2012 à 20h30
à la Faculté de Médecine ,
3 rue des Louvels - 80000 AMIENS
Amphi Fernel

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