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Articles avec #infos tag

Séminaire 15 Juin à Wimereux

28 Mai 2013 , Rédigé par laurent rompteaux Publié dans #infos

Le prochain rdv de l'association aura lieu le 15 Juin de 10h à 12h au centre socio-culturel de Wimereux (62) nous avons apporté une petite modification dans l'ordre de celui-ci, il sera question le 15 Juin d'aborder les groupes d'enfants en partant de l'ouvrage méconnu de Gérard Decherf  "Oedipe en groupe".

 

L'entrée est libre et gratuite.

 

L'association prépare activement l'année 2013/2014 avec le retour de conférences et plusieurs journées de formations (sensibilisation au psychodrame, à la dynamique de groupe, fonctionnement institutionnel etc...Surveillez le site ou inscrivez-vous à la newsletter sur celui-ci.

 

A très bientôt

 

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Devereux au cinéma

21 Mai 2013 , Rédigé par laurent rompteaux Publié dans #infos

C’est un film d’aventure, un vrai, un grand. L’histoire de deux hommes en marge qui parcourront, ensemble et l’un vers l’autre, une odyssée.

Ce voyage semé d’embuches, de gouffres, de passages obscurs, les deux héros l’accompliront pour l’essentiel assis face-à-face, dans une salle désaffectée d’un hôpital militaire du Kansas. L’un, qui jusque là ne parlait pas, raconte. L’autre, avec son accent bizarre, pose des questions, écoute et prend des notes. C’est une histoire vraie, et qui se trouve à la source d’une autre aventure, tout aussi palpitante – mais ça, on n’est pas obligé de le savoir en voyant le film.

 

Parce que qui n’aurait jamais entendu parler de Georges Devereux, de cette psychothérapie de l’indien Blackfoot Jimmy Picard[1], et de la manière dont cette expérience a effectivement jeté les bases d’une réinvention de la psychiatrie intégrant les caractéristiques culturelles des patients et des soignants, c’est à dire aussi bazardant l’occidentalocentrisme des sciences psychiques, et ouvrant la porte à d’immenses remises en cause d’encore bien plus vaste ampleur, celui qui, donc, ne saurait rien de tout ça, et sans doute s’en ficherait royalement, n’en sera pas moins rivé à l’écran par les aventures de Jimmy P. et Georges D.

 

Peu après la fin de la deuxième guerre mondiale, Jimmy souffre de multiples troubles physiques et psychiques, suite à une grave chute alors qu’il était GI en France fin 1944 début 1945. A l’hôpital de Topeka, où sont soignés les vétérans ayant des problèmes liés aux fonctions cérébrales, on ne lui trouve aucun symptôme physiologique.

Un terrain commun

Avant de le déclarer psychotique, le médecin-chef a l’idée de faire appel à un personnage fantasque, qu’on appelle «le médecin français» (il arrive de Paris mais est en fait hongrois): celui qui se fait appeler Georges Devereux a étudié la psychiatrie mais aussi l’anthropologie, notamment chez plusieurs peuples indiens, en particulier les Mohaves auxquels il a consacré sa thèse. Lui à qui la rigide Société américaine de psychanalyse refuse d’accorder le titre de psychanalyste, y jette les bases de la discipline aujourd’hui si féconde qu’on appelle l’ethnopsychiatrie.

Au début du film, on pourrait croire retrouver dans le Jimmy joué par Benicio Del Toro, géant massif et taciturne, le «Chief» de Vol au-dessus d’un nid de coucou, tandis que le toubib à l’accent et aux costumes improbables que campe Mathieu Amalric menace la caricature, sinon le cliché. Normal, ça fait partie de l’aventure.

 

Cette aventure qui sera aussi, surtout, celle du spectateur: il s’agira, pour lui comme pour les personnages, de partir des acquis, de son savoir (de spectateur) pour aller de l’avant et accomplir lui aussi ce beau programme politique et éthique qu’énonce Devereux à la fin: «deux hommes de bonne volonté qui cherchent un terrain commun». Ce terrain commun est très exactement ce que construit le film d’Arnaud Desplechin, avec ses spectateurs.

 

Pour Devereux, ce terrain commun passera d’abord par sa connaissance des mœurs et des usages des Indiens. Grâce aux premiers fils ténus ainsi établis avec Picard, il peut mobiliser d’autres ressources, qui concernent le vocabulaire, qui concernent sa propre vie privée, qui concernent la possibilité de faire varier les limites entre maladie et santé, entre physique et psychique, entre rêve et réalité.

Comme un Western de Ford

Le recours aux relations entre ces différents termes telles qu’elles ont court chez les Indiens (chez des Indiens, pas n’importe lesquels, chez des «Indiens», puisqu’ainsi les nomment ceux qui ne sont pas eux, et que même les Noirs traitent en inférieurs) est un moyen – n’est qu’un des moyens – de construire ce territoire qui apparaît à mesure qu’on l’explore, soit exactement le statut de la frontière dans les westerns. Dans une des scènes, les deux hommes vont en ville voir un nouveau film, Vers sa destinée de John Ford. Et en effet Jimmy P. est bien un film fordien, où les hommes, par l’action, construisent un pays qui grandit. Jimmy P. aurait pu porter le titre d’un autre western de ce cinéaste, Two Rode Together.

 

A l’initiative de Devereux, mais bientôt suscitant des réponses de plus en plus riches chez Picard, se développe tout un réseau de signes, d’échos, de sens possibles, de glissements et d’harmoniques. Rien ici du mécanisme souvent bébête des systèmes d’interprétation des rêves sur la base d’analogies ou de métaphores terme à terme (ceci représente le pénis, ceci représente le père jalousé, ceci tient lieu de cela…), mais une véritable poétique active, et dont l’efficacité se mesure à la baisse de la souffrance terrible éprouvée par le patient.

 

Puisqu’il s’agit de travail thérapeutique, bien sûr. Mais il s’agit tout aussi bien de création artistique, et en particulier de cinéma: ce que montre le film est comme le chant à bouche fermée d’une très haute idée de la mise en scène, où les corps, les songes, les mots, les injustices sociales, les pulsions individuelles, les paysages seraient susceptibles de s’agencer les uns les autres, et de se réagencer constamment, pour créer une forme en mouvement, saturée de sens sans en imposer aucun.

Un défi de cinéma relévé avec brio

Afin de donner à cette aventure toute sa signification, et toute sa richesse, Desplechin invente un aspect absent du livre dont il s’inspire, en dotant Devereux d’une vie privée qui aura à l’écran une place équivalente à celle de Picard telle que ses réponses au psychothérapeute la fait surgir. Des histoires d’amour, de souvenirs d’enfance, d’insertion dans une communauté et un milieu professionnel… C’est défaire l’abstraction de la fonction médicale (et le théâtre inégalitaire de la cure psychiatrique et plus encore psychanalytique), c’est mettre de plain-pied le malade et celui qui le soigne, sans du tout les confondre, bien au contraire.

 

Est-il utile d’ajouter qu’un tel projet de film, presqu’entièrement fondé sur des échanges de questions et de réponses entre deux hommes assis face-à-face, est un véritable défi de cinéma ? Défi relevé avec un brio d’autant plus grand qu’il ne s’affiche jamais, le film choisissant au contraire une discrétion attentive, dont l’intensité spectaculaire est un véritable tour de force, accompli bien sûr par deux acteurs d’exception, mais aussi par un cinéaste qui semble ne vouloir rien prouver pour lui-même, tant il importe de faire correctement le job. Comme le médecin, à nouveau: ce Frenchie débarquant dans le Midwest affublé d’une image (ses précédents films), n’en renie rien, il y puise au contraire les ressources d’une invention véritable, à la fois d’un radical courage et d’une intense émotion.

Jean-Michel Frodon

Jimmy P. (Psychothérapie d'un Indien des Plaines), d'Arnaud Desplechin, avec Benicio Del Toro, Mathieu Amalric. 1h56.


[1] La cure menée par Georges Devereux fait l’objet d’un livre exceptionnel (et parfois ardu), à la fois compte-rendu minutieux des entretiens avec son patient et analyse approfondie de leurs conditions factuelles, de leurs bases théoriques et des moyens thérapeutiques mis en œuvre: Psychothérapie d’un Indien des Plaines (Fayard).

 

Article tiré de slate.fr

 

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"Les marchés de la folie " Georges Zimra

19 Mai 2013 , Rédigé par laurent rompteaux Publié dans #infos

Les marchés de la folie

 

Les marchés de la folie

 

 

La folie n’est plus. Elle a perdu son mystère, son énigme, sa sacralité, son effroi et sa terreur pour devenir l’empire des troubles psychiques, qu’une société plus permissive que libre, tolère, autorise et au bout du compte organise dans l’immense marché mondial de l’industrie pharmacologique. Une raison plus folle que la folie, mesure, calcule, évalue, nos troubles, nos conduites, nos comportements et nos émotions pour les réduire à des paramètres de calculs.

Ce qu’il faut expulser de la folie : c’est le sujet et son indétermination, la langue et sa polysémie, la parole constituante, la souffrance incommensurable. Ce qu’il faut établir : c’est l’adéquation des homme. à leurs désirs, leur conversion au langage machine, leur assignation à un ghetto sémantique. Ce qu’il faut fabriquer : c’est un homme hanté par l’idée du programmable, obsédé par la prédiction et l’anticipation, contrôlé par des optimisateurs d’humeur, modifié par des régulateurs d’émotions, conduit par des adaptateurs de comportements : un homme sans surprise, prédictible, automate, régi par des machine neuronales, cognitives, biologiques, génétiques, comme seule forme d’avenir.

Le moi, forme marchande de l’entreprise néo libérale, s’épuise dans la pléthore et l’abondance d’objets qui miment le manque et le désir. Son illusoire et narcissique autonomie, forteresse vide de l’action publique et politique, a substitué le droit au désir, le privé au public, et réduit l’égalité des citoyens à une suite marchande d’équivalences. Sous le manteau de l’ego c’est la masse qui est gérée, l’homogénéisation des sociétés, qui, sans recourir aux procédés totalitaires, devient la forme aboutie de la totalisation des conduites et des comportements.

 

L'auteur : Georges Zimra est psychiatre, psychanalyste il exerce à Paris. Il a notamment publié La Passion d'être deux, Érès, 1998 ; Freud, les Juifs, les Allemands, Érès 2002 ; Penser l'hétérogène, L'Harmattan, 2007 ; Le Sacré, cet obscur objet de désir, (collectif), Albin Michel, 2009.

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DSM-5 le manuel qui rend fou

18 Mai 2013 , Rédigé par laurent rompteaux Publié dans #infos

 

 
Psychiatrie
DSM-5 le manuel qui rend fou
Article paru dans l'édition du 15.05.13
La cinquième mouture de la « bible » des psychiatres divise les spécialistes : outil d'évaluation précieux ou instrument de fabrication des maladies mentales ? psychiatrie
 
étitions, appels au boycott, déclarations et livres chocs de spécialistes dénonçant un ouvrage « dangereux » qui fabrique des maladies mentales sans fondement scientifique et pousse le monde entier à la consommation de psychotropes... Aux Etats-Unis et dans de nombreux autres pays dont la France, la tension monte dans les milieux psy, à quelques jours de la présentation officielle de la nouvelle édition du DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux), prévue au congrès annuel de l'Association de psychiatrie américaine (APA) qui se tient du 18 au 22 mai à San Francisco. Sur le fond, il ne devrait guère y avoir de révélations. L'essentiel du contenu de cette cinquième édition de la « bible » de la psychiatrie a déjà été annoncé par l'éditeur et sponsor de l'ouvrage, l'APA. Une version préliminaire du DSM-5 avait d'ailleurs été mise en ligne sur Internet, en 2010, pour accueillir suggestions et critiques et permettre des aménagements.

 

 

Si les précédentes révisions - les deux dernières ont eu lieu en 1980 et en 1994 - ont déclenché des controverses, jamais elles n'ont, semble-t-il, été aussi vives que pour cette nouvelle mouture. Comme le souligne avec humour un article paru le 25 avril dans Nature, l'une des seules suggestions qui n'a pas soulevé de hurlements de protestation pendant le processus de révision a été... le changement de nom, de DSM-V en DSM-5.

 

Aux Etats-Unis, où le mouvement anti-DSM a débuté, son fer de lance est aujourd'hui Allen Frances, le psychiatre qui avait dirigé la précédente édition (le DSM-IV), parue en 1994. Des instances professionnelles, dont une branche de l'Association américaine de psychologie, sont aussi montées au créneau. Et le 4 mai, c'est le prestigieux Institut américain de la santé mentale (National Institute of Mental Health, NIMH), le plus gros financeur de la recherche en santé mentale à l'échelle mondiale, qui s'est à son tour désolidarisé du DSM-5. « Les patients atteints de maladies mentales valent mieux que cela », a justifié son directeur, Thomas Insel, dans un communiqué, en expliquant que le NIMH « réorientait ses recherches en dehors des catégories du DSM », du fait de la faiblesse de celui-ci sur le plan scientifique.

 

En France, le combat est porté depuis trois ans par un collectif intitulé Stop DSM, constitué de professionnels proches du milieu psychanalytique. Ils s'insurgent contre la « pensée unique » du manuel, bien au-delà de sa dernière édition.

Mais pourquoi un ouvrage avant tout destiné aux spécialistes et aux chercheurs suscite-t-il autant d'inquiétudes et de critiques virulentes ? Et d'abord, de quoi s'agit-il ?

 

Publié pour la première fois en 1952, avec une liste de moins de cent pathologies (d'inspiration freudienne, tout comme la deuxième édition en 1968), ce manuel diagnostique et statistique a évolué vers une approche de plus en plus catégorielle des maladies mentales depuis 1980. Ce faisant, il est devenu une sorte de manuel de conversation entre spécialistes, et un outil incontournable dans le monde de la santé mentale. Le langage DSM est même passé dans le grand public avec la banalisation de termes comme « TOC » (troubles obsessionnels compulsifs) ou encore « phobie sociale »...

 

L'édition actuelle, le DSM-IV, recense 297 pathologies, classées par grandes catégories. C'est cette classification qui fait référence pour les recherches sur les pathologies mentales, qu'il s'agisse d'études épidémiologiques ou de celles menées par les laboratoires pour évaluer leurs molécules (antidépresseurs, anxiolytiques ou autres neuroleptiques).

« Aux Etats-Unis et en Australie, le DSM a en quelque sorte force de loi, pour les remboursements par les compagnies d'assurances ou dans un contexte judiciaire. Et c'est ce qui est enseigné, y compris en France, dans les facultés de médecine, de psychologie. Aujourd'hui, c'est un passage obligatoire pour faire carrière », assure Patrick Landman, psychiatre et psychanalyste, à l'origine du mouvement Stop DSM et auteur du récent Tristesse business. Le scandale du DSM 5 (Max Milo, 128 p., 12 euros).

 

Initié au DSM-IV pendant ses études, Richard Delorme, jeune pédopsychiatre à l'hôpital Robert-Debré (Paris), voit, lui, ce manuel comme un instrument clinique. « Le DSM est un modèle athéorique, non idéologique. Pour moi, c'est la porte d'entrée d'une maison, cela aide à hiérarchiser un raisonnement intellectuel, mais ce n'est pas une finalité. »

Commencé il y a une dizaine d'années, le processus qui vient d'aboutir au DSM-5 a mobilisé des centaines de professionnels de tous les pays, répartis en 13 groupes de travail. « L'ambition de départ des responsables de la révision était d'intégrer des données de neurosciences. Cette mission n'a pas pu être pleinement réalisée car les critères biologiques ne sont pas encore assez solides, souligne le docteur Delorme. Le DSM-5 est tout de même plus dimensionnel que le DSM-IV et rend compte des études génétiques et d'imageries qui montrent que les limites nosographiques habituellement considérées sont perméables. »

 

Cette nouvelle édition, qui a coûté à l'Association américaine de psychiatrie 25 millions de dollars (19 millions d'euros), laisse cependant beaucoup à désirer sur le plan de la qualité scientifique, accusent les détracteurs du DSM-5. L'une des principales critiques, déjà ancienne, concerne la mainmise de l'industrie pharmaceutique sur les experts participant à l'élaboration du DSM. Ces collusions ont été notamment décortiquées par l'historien américain Christopher Lane, dans son ouvrage Comment la psychiatrie et l'industrie pharmaceutique ont médicalisé nos émotions (Flammarion, 2009), et plus récemment par le philosophe québécois Jean-Claude St-Onge, dans Tous fous ? (Ecosociété, 236 p., 19 euros).

 

Allen Frances, professeur émérite à l'université de Duke (Caroline du Nord), qui avait coordonné le DSM-IV, note plutôt « les conflits d'intérêts intellectuels » des spécialistes des groupes de travail, « qui leur font voir les bénéfices possibles mais ignorer certains risques ». Surtout, déplore-t-il, « le processus a été secret, fermé et incapable de s'autocorriger ou d'incorporer des réponses provenant de l'extérieur. Ainsi, les experts ont rejeté l'appel de 57 associations de santé mentale qui proposaient un examen scientifique indépendant ».

 

C'est il y a quatre ans, en rencontrant un confrère et ami à une soirée, qu'Allen Frances a, raconte-t-il, pris conscience de l'ampleur des dangers et qu'il est parti en croisade. « Ce médecin était très excité à l'idée d'intégrer au DSM-5 une nouvelle entité, le «syndrome de risque psychotique», visant à identifier plus précocement des troubles psychotiques. Le but était noble, aider les jeunes à éviter le fardeau d'une maladie psychiatrique sévère. Mais j'ai appris en travaillant sur les trois précédentes éditions du DSM que l'enfer est pavé de bonnes intentions. Je ne pouvais pas rester silencieux. »

Cet item de risque psychotique n'a finalement pas été retenu dans la dernière version du DSM-5. Mais Allen Frances et les autres « anti » s'inquiètent aujourd'hui d'autres entités qui font leur entrée dans le nouveau manuel. Ainsi des « troubles cognitifs mineurs ». « La perte de mémoire physiologique avec l'âge va devenir une pathologie au nom de la prévention de la maladie d'Alzheimer, prévoit le collectif Stop DSM. De nombreux sujets vont se voir prescrire des tests inutiles et coûteux avec des médicaments dont l'efficacité n'est pas validée et dont les effets à terme sont inconnus. »

Patrick Landman et ses collègues sont aussi vent debout contre ce qu'ils nomment une « pathologisation du deuil ». « Au bout de deux semaines, l'apparence dépressive de l'endeuillé sera passible du diagnostic d'épisode dépressif majeur et donc d'antidépresseurs », craignent-ils.

 

Troisième exemple : le disruptive mood dysregulation disorder, qui risque, selon eux, de faire entrer dans le DSM de banales colères infantiles. « C'est une interprétation erronée, estime le docteur Viviane Kovess, psychiatre épidémiologiste, professeur à l'Ecole des hautes études en santé publique (EHESP). Le disruptive mood dysregulation disorder correspond à une irritabilité très importante et constante, et à des colères violentes et fréquentes. Le critère (irritabilité plus trois grosses colères par semaine pendant plus d'un an) n'est pas si banal, et cela est destiné à ne pas mettre ces enfants dans la catégorie des troubles bipolaires. » Par ailleurs, selon elle, le DSM ne dit pas que tout deuil de plus de quinze jours est une dépression. « Au contraire, il différencie mieux qu'avant le phénomène de deuil du trouble dépressif majeur. »

 

Pour Allen Frances, les risques de surdiagnostic et donc de surmédicalisation sont cependant bien réels, surtout chez les enfants. « Quand nous avons introduit dans le DSM-IV le syndrome d'Asperger, forme moins sévère d'autisme, nous avions estimé que cela multiplierait le nombre de cas par trois. En fait, ils ont été multipliés par quarante, principalement parce que ce diagnostic permet d'avoir accès à des services particuliers à l'école et en dehors. Il a donc été porté chez des enfants qui n'avaient pas tous les critères. »

 

Face à ces périls, le psychiatre américain invite les médecins à boycotter le DSM, et les patients à devenir des consommateurs informés. « Posez des questions et attendez des réponses claires. N'acceptez pas de médicaments prescrits nonchalamment pour des symptômes légers et transitoires qui vont probablement se résoudre d'eux-mêmes », préconise-t-il. Des conseils de bon sens qui peuvent s'appliquer bien au-delà des maladies mentales.

Sandrine Cabut

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L’autisme laissé en plan ?

13 Mai 2013 , Rédigé par laurent rompteaux Publié dans #infos

Plan Autisme 2013
8 mai 2013

L’autisme laissé en plan ?

 

Que penser des dernières déclarations au sujet de l’autisme de la Ministre déléguée aux personnes handicapées et à la lutte contre l’exclusion, Mme Marie-Arlette Carlotti, dans le journal « Le Monde » daté du 2 mai 2013 :

 

- « En France depuis quarante ans, l’approche psychanalytique est partout, et aujourd’hui elle concentre tous les moyens. Il est temps de laisser la place à d’autres méthodes pour une raison simple: ce sont celles qui marchent, et qui sont recommandées par la Haute Autorité de Santé. »

 

- « N’auront les moyens pour agir que les établissements qui travailleront dans le sens où nous leur demanderons de travailler »

 

Ainsi, il ne s’agit même plus de faire reconnaître d’autres approches que la psychanalyse mais carrément de remplacer une prétendue hégémonie par une autre.

 

Le lecture du plan autisme est édifiante et excède même les déclarations de la Ministre. En effet, s’il comporte des points intéressants, notamment le fait de favoriser le diagnostic précoce, de créer des places en institution, d’améliorer l’accueil des enfants à l’école et l’accès aux soins somatiques des personnes autistes, ce plan constitue une application aveugle de la dernière recommandation de la Haute Autorité de Santé (HAS), en conditionnant le financement des établissements recevant des personnes autistes à leur obéissance à ces nouvelles normes officielles, obéissance dont il est prévu qu’elle soit mesurée par des évaluations internes et externes et autres certifications. On peut donc penser qu’il s’agira en pratique, pour un établissement, de prouver qu’il se forme et met en application la méthode de « l’analyse appliquée des comportements » (ABA) pour recevoir un soutien financier. Par ailleurs la formation des professionnels sera également infléchie dans cet unique sens. Mais au-delà, ce plan réalise une étape supplémentaire d’un processus de normalisation mis en place par une logique bureaucratique, d’un dispositif de contrôle des théories et des pratiques véhiculant une vision adaptative de l’être humain dont on ne peut douter qu’elle est amenée à s’étendre. On peut déjà imaginer le contenu d’un prochain plan schizophrénie, ou trouble bipolaire, hyperactivité, anorexie mentale…

 

Il est important de rappeler que l’illégitimité de la recommandation de la HAS, qui donne sa caution scientifique à l’ensemble, a pourtant été démontrée:

 

- D’une part, en ce qui concerne son contenu : ainsi la revue Prescrire dans son numéro d’avril 2013 démontre la non consensualité des méthodes recommandées et indique que, contrairement à ce qui est affirmé, aucune approche ne fait consensus sur le plan scientifique dans le domaine de l’autisme.

 

- D’autre part, du fait des modalités de sa rédaction : le lobbying de certaines associations minoritaires mais très actives étant affiché, comme en témoigne d’ailleurs la stigmatisation d’un certain nombre de professionnels et de parents d’autistes ne prônant pas exclusivement les approches qui conviennent à ces associations.

 

On pourrait penser qu’il s’agit seulement d’un manque de courage du gouvernement et d’un électoralisme à courte vue. Mais quel serait l’intérêt de répondre à l’agitation de quelques associations et collectifs, s’aliénant ainsi la grande majorité des professionnels et des familles ? On peut aussi penser qu’il s’agit là d’autre chose, et que les revendications rééducatives et réadaptatives de ces groupes ont trouvé un écho dans un processus étatique déjà présent visant à une normalisation et un contrôle des pratiques, sous couvert de gestion et d’économie.

 

Concrètement, l’hyper promotion d’une approche plutôt qu’une autre dans les lieux déjà existants ne changera rien à la situation déjà explosive dans le champ de l’autisme, sera contre-productive et n’endiguera pas les souffrances qui y sont attachées. Nombreux sont les familles et les professionnels écœurés par ce parti pris sans nuance.
Il est au contraire crucial de permettre une diversité d’approches pour respecter la singularité des personnes autistes. Aucune méthode ne « marche » sur tout le monde et que deviendront ceux à qui l’unique approche proposée ne conviendra pas voire pour qui elle sera nocive ?

 

Les personnes autistes et toute personne en souffrance psychique ainsi que leurs familles devraient pouvoir rencontrer plusieurs types de professionnels, d’institutions, de manière de travailler, y compris celles qui sont inspirées par la psychanalyse.
Il est honteux de diaboliser la psychanalyse dans son ensemble au prétexte de propos stupides tenus par certaines personnes s’en réclamant, qui ont blessé des mères et des familles. Il est bien évident que la tendance à culpabiliser les familles existe dans tous les corps de métier en lien notamment avec la santé et l’éducation et doit absolument être combattue. Cependant, il est inacceptable que toute la richesse d’un champ de pensée, de recherche et de pratique consacré à la souffrance humaine soit balayée dans sa totalité, et irrespectueux vis-à-vis des personnes autistes et de leur proches qui ont pu y trouver du réconfort. Il est permis de penser que tout être humain a un inconscient et peut bénéficier de sa prise en compte s’il y trouve un intérêt.

 

Refusons ce dispositif normalisant qui, en débutant avec l’autisme, ne fera que s’étendre aux autres « troubles ».

Travaillons ensemble, notamment pendant les Assises pour l’hospitalité en psychiatrie et dans le médico-social, pour que tous les citoyens – personnes avec autisme comprises – trouvent leur place dans la société. Place qui ne se résume pas aux seuls lieux de prise en charge mais doit se déployer dans tous les espaces du quotidien, de culture et de convivialité, où chacun peut apporter sa richesse humaine et en faire bénéficier la démocratie.

 

Le collectif des 39
www.collectifpsychiatrie.fr

Le collectif des 39 et les CEMEA organisent les Assises pour l’Hospitalité en psychiatrie et dans le médico-social les 31 mai et 1er juin prochain à Villejuif
Lien : http://www.collectifpsychiatrie.fr/?p=5793

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Information sur les tendances fortes de la prochaine version du DSM V

19 Mars 2013 , Rédigé par laurent rompteaux Publié dans #infos

Information sur les tendances fortes de la prochaine version du DSM V

 

 

Depuis deux ans, des psychanalystes de toute obédience se réunissent chaque mois pour tenter de promouvoir une alternative à la nomenclature hégémonique du DSM, en psychiatrie. Nous savons maintenant que la 5ème version sortira en mai prochain. Notre groupe de réflexion s'est organisé en ICS, Initiative pour une Clinique du Sujet. Nous vous avons informé avoir mis en ligne une pétition "stop-DSM" (www.initiative-arago.org/fr) et de l'organisation depuis deux ans une journée de travail réunissant des étudiants, psychiatres et psychologues, experts français et internationaux sur cette question. Notre groupe de réflexion a pu sensibiliser un nombre important de praticiens, quelle que soit leur orientation, aux dangers du DSM, par voie de presse, lors de colloques et de réunions.

ICS déplore lhégémonie dont cette classification bénéficie car elle est, hélas, congruente avec les dérives de lhyper médicalisation et pèse gravement sur laccueil, la spéculation diagnostique et la compréhension des symptômes, au profit d'une accélération des réponses qui transforme les symptômes en cibles livrées aux psychotropes sans autre discernement. Larrivée prochaine du DSM5 cherche à totaliser et à objectiver les comportements les plus divers.

Nous avons rencontré le Dr Allan Frances qui était le responsable de la « Task force » du DSM IV. Il a donné depuis sa démission et est devenu un des plus pertinents praticiens critiques de cette nomenclature.

Selon lui, dix points noirs sont à craindre:
1) Le Disruptive Mood Disregulation Disorder, va inclure beaucoup d'enfants colériques et probablement créer une nouvelle épidémie.

2) Le deuil, considéré comme pathologique au bout de 15 jours fait prévoir une sur-prescription de psychotropes.
3) Les troubles cognitifs mineurs vont inclure les actes manqués et la baisse de mémoire. physiologique avec l'âge ; un sur- diagnostic et une sur-médication sont à craindre.
4) Le syndrome déficit de l'attention avec ou non hyperactivité (TDAH) est étendu à l'adulte avec une sur-prescription de Ritaline.
5) la gourmandise ou les excès dans une période troublée seront diagnostiqués Binge Disorder
;12 excès en 3mois seront suffisants.
6) Les critères d'inclusion pour l'autisme ont été paradoxalement
resserrés mais ils sont assortis d'une promesse qu'il n'y aura pas d'impact sur les prestations des assurances publiques et privées qui aux USA concernent les prises en charge éducative.
7) Le premier abus de substance toxique est regroupé avec les abus durables alors que leur prise en charge est très différente.
8) Avec le DSM5 et son concept de "conduites addictives", un glissement dangereux
est possible : le plaisir peut être considéré comme une conduite addictive. Il faudra surveiller l'inclusion possible à terme (pour le moment repoussée) de l'addiction à internet et de l'addiction au sexe avec des programmes thérapeutiques lucratifs.
9) Confusion et délimitation imprécise entre le TAG ( trouble anxieux généralisé) et les soucis liés au quotidien, pouvant entraîner l'ouverture d'un grand marché aux tranquillisants.
10) Aggravation des problèmes posés par l'extension du syndrome de stress post- traumatique.
 

Tristan Garcia-Fons & Jean-François Solal

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L’“Hystère”, un universel.Cas DSK par Roger Dadoun

4 Mars 2013 , Rédigé par laurent rompteaux Publié dans #infos

L’“Hystère”, un universel. Cas DSK, chambre 2806, Hôtel Sofitel, New York

 

Roger Dadoun

Philosophe, psychanalyste

 

« On ne saura jamais... », disent-ils. Cette bonne blague ! À peine le chèque signé, qui donna lieu à élucubrations, enchères, calculs, cafouillages et mystères de toutes sortes, le chiffre tombe, après quelques jours d’investigations et de confidences : à peu près un million de dollars d’indemnités accordés à Mme Diallo (30% – au moins – iront à ses deux avocats), pour que tombe, clôture définitive exigée, l’accusation d’agression sexuelle portée par la femme de chambre de l’Hôtel Sofitel, New York, contre DSK. Le rideau est-il tombé, avec le chèque et l’accusation, sur cette “ténébreuse affaire” ? Ce serait oublier que celle-ci ne tient, si l’on ose dire, qu’à un fil, à une proposition sexuelle qui demeure, en quelque façon et en dépit des marées et marécages de commentaires, le point aveugle et aveuglant de toute la construction juridique et médiatique. On imagine aisément que les fouilleurs de sexe médiatique ne lâcheront pas de sitôt une si bonne occase, et d’aussi succulentes proies. (Une “cochonceté” vient, à l’instant, de le confirmer).

Une “incidence” sexuelle

Il s’agit vraiment de si peu de chose – de cette chose qu’on nomme « la chose”. Rien n’est plus simple, plus concret et plus précis que ce qui s’est passé dans la chambre 2806 de l’Hôtel Sofitel de New York : “la chose” est un acte de fellation accompli vite fait entre un client, DSK, et une femme de chambre, Mme Diallo. Les deux protagonistes n’ont livré là-dessus que peu de détails – suffisants cependant, vues la brièveté et l’économie du geste, pour “imaginer-réaliser” ce que fut cette “rencontre” ou “circonstance” inattendue, qui appelle la qualification d’“incidence”. Fellation incidente, à la sauvette : le client sort en nudité d’humeur légère de sa douche, à effet peu ou prou érotisant ; l’employée pénètre à ce même moment (maladresse, erreur, X ?) dans la chambre ; deux corps (plutôt que deux personnes) se retrouvent face à face ; [ici, suspens, laps de temps X, le seul susceptible d’être qualifié du gros mot de “mystère”, noué en version contradictoire : elle vient à lui ou lui à elle ?] ; la femme suce le sexe de l’homme ; gouttes de sperme s’éparpillent ; les deux corps se séparent, s’éloignent immédiatement. L’incidence n’a duré qu’à peine quelques minutes : 12h06 à 12h13, samedi 14 mai 2011. Soit, à quelques secondes près, le même temps qu’il aura fallu au juge civil pour articuler sa décision d’un accord financier et de confidentialité entre les deux parties, qui met fin à toute ultérieure investigation ou reconstitution (motion pulsionnelle forclose, pour l’homme, et bouche cousue, pour la femme !).

L’occultation généralisée de l’“incidence” (ce qui s’est réellement passé entre deux personnes réelles) au bénéfice de l’“affaire” (brouillage et placage de jugements, approximations, mensonges, interprétations, projections-identifications, envies-frustrations de toutes sortes) est patente et persistante. Que n’aurait-on appris, imaginons-le, si l’on avait pu procéder à une reconstitution judiciaire de ce moment-clé, qui se distingue comme l’unique temps fort et incontournable de toute l’“affaire” ? Se seraient dégagées, dans leur automatisme, les positions exactes des protagonistes et leurs congruentes motivations : regards, parcours et évolution des corps, gestes des mains, jambes et têtes, polarisation sur le sexe, bouches et paroles éventuelles – bref, sur les sujets et objets en relief, passerait quelque chose comme une lumière rasante, à ras de réel, sur ce qui se fait là. On tiendra compte, d’emblée, du cadre, en dur, de l’Hôtel Sofitel, et, en mou, de tous les personnels concernés (hiérarchie allant du directeur à Mme Diallo). La chambre 2806 a livré des traces d’ADN de plusieurs personnes différentes. Un Hôtel est un lieu où l’on ne fait que passer : c’est le royaume, tous sens confondus, de la “passe”, ici exactement nommée (à distinguer, donc, de la “passe” lacanienne didactique). Faut-il rappeler qu’à l’échelle de la planète, ce sont des torrents de sperme et autres sécrétions que l’hôtellerie envoie dans bidets, lavabos et laveries ? Qu’un certain personnel, féminin et masculin, en contact charnel constant indirect avec le client, ait quelque chose à y voir, et plus qu’y voir, il ne saurait en aller autrement. [Dans un court texte inédit de 1930, que m’avait remis Youki Desnos et que j’avais publié dans la revue Simoun, Oran, 1956, le poète Robert Desnos rapporte quelques scènes piquantes qui se déroulent, précise-t-il, “dans un palace des environs de la place Vendôme”, Paris 1er – livrées et vécues par un des “Garçons d’étage” de sa connaissance.]

Passionné” contre “Apathique” - EAS vs nEnAS

L’acte de fellation chambre 2806 associe deux personnes. L’accent a été mis, quasi unanimement, sur leur statut social : un homme, parmi les puissants du jour, riche, quasi “invulnérable” et s’appréciant tel, se voit confronté à une “faible” femme, peut-être illettrée, taillable et corvéable à merci. Ce contraste exemplaire, cette spectaculaire opposition ont retenu la curiosité publique, et suscité des manifestations ad hoc. Or, dans le bref moment X du déroulé de l’acte, ce sont avant tout, de prime abord, deux structures caractérielles, dans leurs projections corporelles, qui sont en présence et se jaugent et se heurtent. Elles s’opposent radicalement. Recourons ici, avec toutes les réserves d’usage, à la classification du philosophe Le Senne (Traité de caractérologie, 1945). DSK apparaît comme étant du genre dit “Passionné”: Émotif-Actif-Secondaire (EAS) – fonceur, impérieux, impatient, Moi “surdimensionné”, à conscience “étroite” et avidité libidinale. Tout au contraire, Mme Diallo se range aisément dans la catégorie dite “Apathique” (le choix des appellations par Le Senne est discutable, chargé de connotations moralisatrices) : non-Émotive, non-Active, Secondaire (nEnAS), caractère plutôt passif, à conscience “large” et mollesse libidinale, se pliant aux ordres et volontés d’autrui, facile à exploiter, manipuler, séduire, abuser (il faut voir comme son avocat la pilote, la commande, la traite – il est du type contraire : “Sanguin”, non-Émotif- Actif-Primaire (nEAP), généralement caractérisé par une impatiente voracité et peu soucieux d’exigences éthiques.

C’est sur le type “Apathique” que s’exercent le plus souvent les abus d’autorité et délits d’influence. Caractérologiquement parlant, DSK n’aurait pas eu besoin d’en venir aux mains (comme le prétend l’accusation d’“agression sexuelle” – l’unique délit dont il eut à répondre) pour obtenir de Mme Diallo un consentement qui correspondrait plutôt à une forme quasi socioprofessionnelle de soumission (spontanée ou commanditée ?). Il suffit en effet d’un moment de surprise, éruptif, pressant, quasi mécanique, pour qu’un passage à l’acte, un acting out advienne. Le client aurait-il eu recours, par delà la dimension caractérielle, à une agression caractérisée – Mme Diallo aurait été, croyons-nous, en mesure d’y résister et de la repousser par sa seule et opaque présence physique (a-t-on évalué son poids ?) : femme forte et placide habituée aux travaux de force (à quelle heure a-t-elle pris son service ?), face à un homme massif certes (quel poids ?), qu’encombrent et son propre poids et sa nudité (la chambre 2806 n’est pas le Jardin d’Eden) et la précipitation même de l’incidence, inévitable dans un lieu à risque. En pareille occurrence, seule une reconstitution bien ordonnée aurait permis d’apprécier la vraisemblance et l’adéquation des versions, “vécus” et “ressentis” des deux sujets.

      Miettes d’hystérie : les Hystères

La mécanique caractérologique, combinaison de facteurs élémentaires (Émotion, Action, vivacité ou lenteur des réactions), reçoit sa consistance concrète et charnelle des viscosités libidinales et tissus sociaux qui l’enveloppent. C’est pourquoi il convient de se tourner, en l’occurrence, vers une modalité psychologique aussi originale qu’apparemment “dépassée”, celle qui fut à l’origine de la psychanalyse* (Études sur l’hystérie, de Freud et Breuer, 1895) et qui, depuis, plus ou moins banalisée et tombée en désuétude, tend de plus en plus, du fait notamment des frénétiques pressions médiatiques, à occuper une place privilégiée dans l’analyse tant individuelle que collective : l’HYSTÉRIE. Freud avait souligné, contre la dogmatique médicale, qu’elle concerne autant les hommes que les femmes – nous dirions aujourd’hui, au vu de l’évolution sociale : plus les hommes que les femmes (qui fournirent cependant, à son époque, avec l’emblématique cas Dora, l’essentiel de ses matériaux – conduits, semble-t-il, avec maladresse et confusion). L’hystérisation aujourd’hui généralisée des réactions, discours et comportements est patente, effare. Comment, pour rester au plus près, au ras des expressions, ne pas prendre en compte ces innombrables, brèves et moléculaires motions hystériques (mimiques, gestuelles, lapsus, dérapages, “petites phrases”, mots excessifs, mensonges, éclats, tons, couacs, dénis, etc.), dont nous sommes tous les cibles, les patients et agents et témoins quotidiens, et qui sont comme les précipités, portés à terme, amorcés ou avortés, d’une “libido flottante”, “nomade”, sur-sollicitée, déroutée ? Ces motions, bouffées asthmatiques d’énergie libidinale, aussi imprévisibles et passagères qu’ordinaires et omniprésentes, peuvent – ramenées à de plus modestes dimensions (petits “faits divers” de la libido), et pour préserver une continuité psychique, anthropologique et lexicale – être nommées “HYSTÈRES”. Cette notion, qui fragmente l’hystérie en miettes ou molécules affectives-motrices-idéologiques, se révèle remarquablement opératoire pour l’observation et l’analyse des innombrables manifestations et expressions publiques dont regorgent les médias, télévision en tête (en « têtes », littéralement  et spectaculairement parlant).

Aussi truffée soit-elle de rumeurs, mensonges, calomnies, haines, manipulations politiques et infiltrats idéologiques en tous genres, l’“affaire” du Sofitel ne tient donc, insistons-y, qu’à un fil, qu’à un unique point de capiton : le simple et fugitif hystère de l’homme DSK, c’est-à-dire un accès de brusque frasque libidinale qui s’empare du sujet et s’engouffre dans la voie fantasmée d’une gratification inattendue, immédiate et rapide, qui prend soudain corps, et qui aurait pu (qui aurait dû – une simple petite semonce de conscience suffisait), à peine profilée, s’évanouir. L’accablement dont a fait montre DSK dans les premiers moments de l’“affaire” prend sa source, probablement, dans l’intuition ravageante de cet hystère qui a subitement “pris” – alors même que le moindre ressac de réalisme l’aurait réduit à néant, comme cela nous arrive à tous et à tout moment. Serait-il légitime de porter ainsi ce cas d’espèce à l’échelle de l’universel, et d’avancer, “Malaise dans la civilisation”, que nous sommes tous des hystériques ou - pour écarter ce terme trop chargé d’idéologie psychiatrique – des portefeuilles d’hystères ? Dans nos sociétés d’actionnaires en tous genres, nous sommes tous porteurs ou bardés d’hystères, constitués (sous institutions) d’actions et réserves affectives, réactionnelles, fantasmatiques, fluctuant inévitablement au gré des finances, pouvoirs, modes et modèles – hystères dont les médias font leurs choux gras, “graillons” ou“graille”, ayant pour finalité, mercantile, de les exhiber, exploiter, exacerber, eux-mêmes les pratiquant et les trafiquant à outrance, dans un brouillage généralisé, universel. Chercher donc l’hystère – avant que d’évoquer on ne sait quels ténébreux mystères, ou autres pompants ou prothétiques clystères du sexe.

 

* Cf. Roger Dadoun, Freud, Belfond, 1982. L’érotisme. De l’obscène au sublime, PUF, 2010.

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« Le divorce :ses conséquences psychiques dans les liens familiaux »

3 Mars 2013 , Rédigé par laurent rompteaux Publié dans #infos

Dans le cadre des journées d ’études
« La parentalité à l’épreuve de la séparation des parents. »

L’ICSMP, le Forum des Parents et l’unité de consultations familiales et de thérapie familiale psychanalytique

vous invitent à une

Conférence-débat avec Christine Leprince

 

« Le divorce :
ses conséquences psychiques
dans les liens familiaux »

Christine Leprince est psychanalyste S.P.P. et membre de la société française de thérapie familiale psychanalytique.

Elle se propose de fournir quelques axes de réflexion pour éclairer la dynamique inconsciente interne complexe qui se joue dans les liens de couple et les liens aux enfants dans une famille en séparation.


Mercredi 20 mars 2013 à 20h30 à la Faculté de Médecine
3, rue des Louvels - 80000 AMIENS
Amphi FERNEL

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Pétition

25 Février 2013 , Rédigé par laurent rompteaux Publié dans #infos

Raja Benslama est analyste inscrite à Espace analytique.
Fethi Benslama nous a fait parvenir ce texte.

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Un mandat d'amener a été lancé, aujourd’hui, contre la psychanalyste Raja Benslama (professeure à l'université de Tunis), par un juge d'instruction au motif de « dénonciation calomnieuse ». La raison en est la reprise sur sa page Facebook de la dénonciation par des députés de l’Assemblée Constituante, de la falsification d'un procès verbal par le rapporteur général de la constitution, un membre du parti islamiste Ennahda.
Alors que des actes de violences graves, commis par des extrémistes quotidiennement, restent impunis, le pouvoir islamiste en Tunisie poursuit des artistes, des intellectuels et des journalistes, à la moindre occasion et sous des prétextes fallacieux. Après le doyen de la faculté des Lettres, Raja Benslama est visée aujourd'hui à cause de l’audience importante rencontrée par ses critiques du parti islamiste sur les réseaux sociaux. Notons que la loi en vertu de laquelle elle est poursuivie a été abrogée, après la révolution.

Vous pouvez signer la pétition en sa faveur en cliquant ci-dessous:

http://www.petitions24.net/petition_en_faveur_de_raja_benslama_et_pour_les_libertes_en_tunis

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Décès de J-B Pontalis

19 Janvier 2013 , Rédigé par laurent rompteaux Publié dans #infos

Le psychanalyste, écrivain et éditeur est décédé à l'âge de 89 ans dans la nuit du 14 au 15 janvier. Agrégé de philosophie, docteur en psychologie, il a collaboré à la revue Les temps modernes avant de fonder, en 1970 et diriger, jusqu'en 1994, La nouvelle revue de psychanalyse. Auteur de nombreux essais sur la psychanalyse et de plusieurs romans, il a notamment écrit avec Jean Laplanche, Le vocabulaire de la psychanalyse, paru en 1967 aux PUF et qui reste, à ce jour, une référence dans le monde psychanalytique. En 2011, il s'est vu décerner le Grand prix de littérature de l'Académie française pour l'ensemble de son œuvre.

 

Le psychanalyste, philosophe et écrivain Jean-Bertrand Pontalis, ancien élève de Sartre et disciple de Lacan, est décédé mardi, le jour de son 89e anniversaire, a annoncé son éditeur Gallimard.

 

Né le 15 janvier 1924, cet agrégé de philosophie, auteur de nombreux essais sur la psychanalyse et de plusieurs romans, avait reçu en 2011 le grand prix de littérature de l'Académie française.

Philosophe et psychanalyste

Après avoir enseigné la philosophie aux lycées d'Alexandrie, Nice et Orléans, de 1948 à 1952, il se tourne vers la psychanalyse et devient un disciple de Jacques Lacan.

Vers 1960, sous la direction de Daniel Lagache, il entreprend une oeuvre considérable qui aboutira, en 1967, au "Vocabulaire de la psychanalyse", cosigné avec Jean Laplanche. Cet ouvrage connaîtra un très grand succès en France et à l'étranger.

Il se sépare en 1964 de Lacan pour participer à la fondation de l'Association psychanalytique de France et crée la Nouvelle Revue de psychanalyse. Cette même année, il devient membre du comité de direction de la revue Les Temps modernes et commence à enseigner à l'École pratique des hautes études.


Romancier et éditeur

En 1966, il débute aussi une carrière d'éditeur et crée des collections de psychanalyse. Deux ans plus tard, il est élu membre titulaire de l'Association Psychanalytique de France.

En 1979, il entre au comité de lecture de Gallimard et y créera la collection "L'un et L'autre". À partir de 1980, il publie plusieurs romans dont "L'Amour des commencements" (1986), "Un homme disparaît" (1996), "L'enfant des limbes" (1998), "La Traversée des ombres" (2003) ou "Le dormeur éveillé" (2004).


Dans son dernier essai paru en 2012, "Avant, Paris" (Gallimard) Jean-Bertrand Pontalis s'interrogeait sur le temps et la nécessité de la nostalgie. De nombreux ouvrages ont aussi été publiés sous sa direction, parmi lesquels "Bisexualité et différence des sexes" (2000) ou "Parler avec l'étranger" (2003)

 

 

 

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