Pour Noël une idée cadeau
L’encyclopédie vivante de la psychanalyse
Être psy, coffret de 14 DVD, 33 heures d’entretiens, 1 livret de 32 pages, 2009, 70 euros.
Ce coffret de DVD s’entame dans une jouissance simple : on va pouvoir les entendre. Les entendre et les regarder ceux qui ne parlent jamais ou si peu : les psychanalystes. Quinze
hommes et femmes qui pratiquent l’analyse acceptent d’être filmés et de répondre aux questions simples de Daniel Friedmann concernant leur pratique. L’objet de cet ensemble édité par les
Éditions Montparnasse pourrait se résumer ainsi : la présentation de quinze portraits singuliers de psychanalystes français répondant entre 1983 et 2008 aux questions du grand
public : quel est le but de la psychanalyse ? Quel est le rôle de l’argent ? Faut-il réglementer sa pratique ? Pourtant, la saveur de ce travail de collecte n’est pas
tant dans le contenu de savoirs qu’il apporte et que dans les hors-champ qu’il suggère.
D’abord, de ces portraits se dessine en creux une absence. Le roi est mort. L’orateur, le théâtral Lacan, n’est plus au-devant de la scène ! Ici, il s’efface et reprend sa place
d’analyste : il est le point vide qui permet à la parole de se libérer. Alors on parle beaucoup de lui dans ces entretiens, de lui devenu, non sans heurt, comme nous le rappelle Élisabeth
Roudinesco, « personnage » de l’histoire de la psychanalyste.
Mais l’on parle également d’une certaine « époque bénie » où la parole et la théorie étaient au cœur de la vie publique. L’autre absent, rendu palpable par le dispositif filmique qui
a conduit Friedmann à s’entretenir avec ces praticiens à vingt-cinq ans d’intervalle, c’est le temps. Ce temps qui change les lieux, les vêtements et les corps des analystes filmés, comme il
aura changé des générations d’analysants. Ce temps qui donne une assise nouvelle à la parole de chacun. Les voilà plus « installés » dans une fonction, chacun incarnant un
« devenir psychanalyste » : autant de paroles singulières qui font s’effacer un idéal pour laisser place à des « parcours ».
Placé face à l’analyste, le spectateur découvre avec plaisir ces heures de témoignages. Il accompagne l’émergence d’une pensée, saisit son grain à travers les respirations, les gestes anodins,
un regard qui se perd. Voilà la grande qualité de ces documents filmés. Ils portent en leur sein les valeurs sans cesse défendues par la psychanalyse : la singularité de chacun et le
temps psychique. Valeurs qui se moquent de l’efficacité pour laisser émerger une parole vraie et qui font de la psychanalyse, Catherine Millot s’excusera presque de le rappeler, « un
antidote au discours du capitalisme ».
Catherine Jourdan tiré de l'Express