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Décès du psychanalyste Conrad Stein

28 Août 2010 , Rédigé par laurent rompteaux Publié dans #infos

  Personnage brillant de la psychanalyse française, Conrad Stein s'est plu à jouer les troubles fête au cœur même de la Société Psychanalytique de Paris en participant ouvertement à de nombreuses contestations de l'ordre établi. Analysé chez Schlumberger puis chez Nacht, Stein s'est démarqué en s'intéressant aux travaux de Lacan à une époque où il était de rigueur de l'ignorer, puis en participant, entre autre avec René Major, à diverses organisations visant à ébranler les murs construits entre les différents regroupements de la psychanalyse française. 

    D'une vaste culture, Conrad Stein s'est impliqué dans l'édition en dirigeant une collection chez Denoël et en participant à la rédaction de plusieurs périodiques. Son œuvre écrite est variée. Il a publié La mort d'Oedipe et L'enfant imaginaire

 

Roland Gori a publié sur internet un hommage à son ami.

 

 

Conrad Stein

Conrad,

Auprès de Danièle, de Stéphanie, de Jacques-Etienne, de toute ta famille et de tes amis, je viens comme on dit te rendre un dernier hommage.

Hommage à l’ami intime, hommage à un Maître, un maître qui savait oser la fraternité.

« Adieu vive clarté de nos été trop courts », ce vers de Chant d’automnede Baudelaire, c’est celui qui me vient aujourd’hui.

Ce vers de Baudelaire, c’est aussi celui d’un souvenir, le souvenir du très beau texte que tu as écrit à Parc Trihorn, « La traversée du tragique en psychanalyse », et dont j’ai eu la chance durant ces vacances-là de partager avec toi les moments de création. Je t’ai vu travailler tes notes, notes de séance d’une patiente qui traversait des moments de dépression à chaque fois qu’il était question de se séparer de toi. C’est le moment où comme tu l’as souvent dit, nous sommes confrontés au réel de l’existence.

Ce réel, aujourd’hui Conrad tu nous y confrontes. Puissent ton travail autant que les souvenirs de ta personne nous aider à le traverser.

 

Ta personne, c’est l’immense générosité de l’homme autant que l’exigence qui l’accompagnait. Cela pourrait se nommer le charme, charme de la parole, du regard, de la présence forte d’une intelligence analytique toujours en éveil. 

Ton travail, ton œuvre, a eu pour moi de fortes conséquences. Tu es avec Robert Pujol, celui qui m’a appris ce que je sais du travail psychanalytique, et des exigences de sa méthode. Jamais autant qu’avec toi, je n’ai compris ce qu’était la réalité psychique, sa spécificité, sa permanence aussi dans le travail du rêve, son incarnation dans la cure et les effets de la parole du psychanalyste qui en permettent l’accès.

 Tu éveillais en nous le Désir de l’analyse en nous faisant partager la tienne. Même au moment où on s’y attend le moins, par exemple lors d’une promenade au jardin du Luxembourg, on se promène, on papote des enfants, des collègues, de la vie qui passe et puis tu me racontes un rêve et me voilà parti moi aussi à te parler d’un patient ou d’un rêve, ce qui revient au même puisque c’est celui qui parle qui s’ouvre à sa propre analyse. De cela aussi tu étais le garant. Le garant d’une ouverture à la magie de la parole, de ses effets de séduction et de la manière de s’en déprendre.

C’est d’ailleurs par tes recherches sur le pouvoir libidinal de la parole que j’ai rencontré ton travail au milieu des années 1970 en lisant L’Enfant imaginaire. Je terminais alors  Didier Anzieu une thèse sur l’Acte de parole. Et l’acte de parole si un analyste a su en parler, c’est bien toi. La parole comme acte sexuel. C’est d’ailleurs le titre d’une de tes communications que j’ai eu l’honneur de publier dans un numéro de Cliniques méditerranéennes de 1994 qui t’a été consacré. L’originalité de ton travail par rapport à tous ceux qui l’ont précédé c’est que cette parole tu l’as placée au centre de la situation de la cure, de ses processus comme de ses effets. C’est une parole sensible.

 Et cette parole, Conrad, c’est aussi celle qui va nous manquer, c’est par excellence la tienne, cette parole vraie, nourrie d’une langue pure comme le cristal, précautionneuse, retenue parfois dans la prudence et l’attention, toujours affectueuse. L’affection de la parole dont se constitue le transfert, nous la vivions avec l’œuvre et avec l’homme. C’est vrai qu’avec ta voix, chaude et grave, tu produisais des effets magiques sur chacun, effets de séduction autant que de crainte. « Paroles merveilleuses » disait Danièle, même « quand le corps ne suit plus ».

Paroles d’humour aussi. Il y a quelques semaines encore tu me disais qu’un des avantages et non des moindres de ta situation, c’était que tout le monde était gentil avec toi, prévenant  et agréable. Tu venais juste d’être opéré. Ensuite nous avons parlé de la manière dont aujourd’hui le langage était maltraité. Connaissant tes exigences sourcilleuses à l’endroit du vocabulaire et de la grammaire, j’ai voulu te taquiner en te demandant si tu comptais soumettre les infirmières à une dictée, à quoi tu m’as rétorqué : « ce ne serait pas prudent » !

 Si je rapporte cette confidence au-delà du témoignage de l’humour et du courage dont tu savais faire preuve, c’est pour dire que, selon moi, chez toi, l’orthographe, les exigences de la langue, étaient une éthique. L’orthographe comme éthique. Comme si l’orthographe dans l’écriture imposait à la parole séductrice des règles ! Sur le style aussi tu étais exigeant.

 Je me souviens au début des années 1990, alors que Danièle et toi, vous m’offriez affectueusement l’hospitalité, être resté jusqu’à 2-3H du matin pour corriger un de mes textes en vue de sa publication dans Etudes freudiennes. Deux ou trois heures du matin, c’était pour moi une heure avancée de la nuit et sans nul doute pour toi un début de soirée. J’étais tellement épuisé que je t’ai proposé de ne pas le publier. Tu m’as répondu une de tes phrases favorites : « il n’en est pas question ». C’était sans appel comme d’habitude.  

Ma rencontre avec ton travail et ta personne a été pour moi déterminante dans ma pratique et ma théorisation. J’ai appris grâce à toi une méthode, la méthode Conrad Stein. Méthode qui a fait le tour du monde et le tour des professionnels de toutes sortes. Méthode qui permet une transmission authentiquement psychanalytique du travail de l’analyse. Méthode qui permet à celui qui s’y autorise à entendre les effets de son transfert à la vérité du patient qui l’affecte. Méthode qui permet en parlant d’une rencontre avec un patient d’identifier la réalité psychique que l’on peut en avoir. Ce n’est pas une supervision technique, une pratique pédagogique de contrôle dont tu nous as appris à propos de Ferenczi le caractère « terroriste », mais une pratique au cours de laquelle on peut parvenir à entendre les représentations que l’on se fait du patient et le transfert qui les fabrique.  

La « situation psychanalytique », voilà encore une de tes idées qui te permet d’insister sur les conditions qui fabriquent une réalité psychique autant qu’elles la révèlent. Toujours, je t’entendrai nous rappeler que l’objet de la psychanalyse, c’est la réalité psychique dont le paradigme est le rêve, le rêve donateur de l’infantile.

C’est d’ailleurs ce pouvoir de la situation psychanalytique de créer de la réalité psychique à analyser, qui fait que la souffrance de la situation analytique n’est plus la même chose que les souffrances au nom desquelles les patients viennent consulter. Toute l’expérience de la cure est centrée par toi et pour toi dans la pragmatique analytique des effets de parole. Parole qui ne détient son efficience que de la conjoncture dans laquelle elle intervient, celle de l’injonction paradoxale de devoir parler librement.

La rigueur de ton épistémologie m’a souvent troublé. Tu disais souvent que tu devais quelque chose à Lacan mais tu ne savais pas quoi. Mais je crois qu’au moment où tu prononçais cette phrase c’était souvent, au moins pour moi, à un moment où il était question de l’épistémologie du champ de la psychanalyse.

Ce que je tarde aussi à te dire c’est l’amour et l’admiration que je te porte. A Etudes freudiennes, comme à la Villa d’Eylau ou à Saint-Michel, tu m’as toujours accueilli avec Danièle à bras ouverts, tu savais charmer, réprimander, exiger et donner. Et grâce à toi, à vous Danièle et toi, j’ai rencontré des gens formidables et noué des liens très forts.

Il y a eu aussi à Marseille des moments très intenses, très passionnants, notamment quand tu as voulu fonder le Groupe méditerranéen d’Etudes freudiennes. Les collines de Marseille s’en font encore l’écho. Ce fut un travail inoubliable avec des tonnerres de voix et des éclats de pensée. Au-delà de notre petit groupe dont tu contrôlais fermement l’accès, des patients, des étudiants, des collègues, ont pu bénéficier de ce travail. Des générations d’étudiants d’ailleurs se réfèrent à toi, à ta méthode et ton œuvre, toi qui te plaignais souvent de ne pas être suffisamment lu et travaillé. Ce qui est en partie faux, tant nous sommes nombreux à travailler avec toi, ta méthode et tes concepts. Ce qui est vrai en partie aussi tant les sociétés psychanalytiques se méfient des positions marginales et des chemins de traverse. Ce qui n’empêche pas d’ailleurs les lacaniens autant que les ipéistes de respecter ton œuvre et ta personne. C’est la Nomenklaturades sociétés qui t’a fait payer le prix fort de la liberté. Mais comme tu avais une conscience politique aiguë, tu savais bien qu’il ne pouvait en être autrement. Tu as voulu rester « insulaire » comme l’a écrit Monique Schneider, avec toujours permanents ce désir de te cacher et cette hantise de ne pas être découvert.

Voilà Conrad ces quelques mots, bien insuffisants pour évoquer ton œuvre et ta personne, aujourd’hui où tu nous confrontes au réel de l’existence.

Ce sont ces liens que tu as su créer qui permettent, comme le dit ce poète que tu aimais tant, l’

« Explosion de chaleur

Dans ma noire Sibérie » (Baudelaire).

Roland Gori, le 20 Août 2010





 

 

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B
<br /> Toutes mes condoléances au Dr Conrad Stein!<br /> Je salue son libre-arbitre, sa tenacité à refuser tous les interdits. Il cultive une chose très chère aux hommes : La liberté!<br /> Vive la liberté!<br /> Nous avons perdu un grand homme!<br /> Que la paix et le salut soient sur lui pour toue l'éternité!!<br /> <br /> Professeur BOUSSAFSAF Badreddine, médecin, professeur d'anatomie humaine. Constantine. Algérie.<br /> <br /> <br />
H
<br /> Merci à Roland Gori pour ce beau texte et pour toute son oeuvre à lui ainsi que son engagement militant.<br /> Continuez, la psychanalyse et les hommes ont tant besoin de gens comme vous. Merci<br /> <br /> <br />