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La profession de psychologue en danger ?

28 Février 2012 , Rédigé par laurent rompteaux Publié dans #infos

MANIFESTATION NATIONALE MERCREDI 14 MARS à 13h00 RENDEZ-VOUS VERS L’HÔTEL DE MATIGNON (au croisement de la rue de Varennes et de la rue du Bac)

 

La profession de psychologue est en danger.
La réglementation sur l’égalité des chances génère des effets pervers pour les étudiants en psychologie : le champ sanitaire et médico-social manquant cruellement de moyens, la plupart des institutions ne sont pas en mesure de gratifier leurs stagiaires dans les conditions exigées par la loi [1]. Face au durcissement réglementaire, tout stage non gratifié est dans l’illégalité – et ce, quelles que soient les solutions d’aménagement juridique de fortune mises en place par les universités et institutions.
Les conséquences sont dramatiques pour les futurs psychologues : à ce jour en France, environ 80% des étudiants seraient dans l’incapacité d’obtenir leur année et leur diplôme, dont la validité est tributaire de cette loi. Le Gouvernement a été sensibilisé sur cette question. Sa réponse est invariable : la loi doit être appliquée et les stagiaires gratifiés.
Les possibilités de dialogue semblent épuisées. Notre dernier recours face à cette situation inextricable est donc d’organiser une mobilisation nationale réunissant étudiants et enseignants de toutes les universités, les organisations étudiantes, professionnelles et institutionnelles, afin de mettre le Gouvernement face à ses responsabilités.
Car l’enjeu est clair : avec cette pénurie de moyens, l’accès à la professionnalisation est limité et dévalorise par ricochet les diplômes. C’est l’existence de la profession de psychologue qui se trouve à terme menacée dans sa spécificité.
Or ce diplôme universitaire est le seul avec celui des médecins à conférer un titre d’exercice, auquel sont attachées des obligations déontologiques et juridiques.
Les stages représentent donc la seule garantie d’un exercice conforme et de qualité pour les psychologues en formation. Si les psychologues veulent continuer à être acteurs de la politique de santé de demain, c’est aujourd’hui qu’ils doivent se mobiliser.

COLLECTIF D’UNIVERSITAIRES, D’ÉTUDIANTS ET DE PRATICIENS


Université de Caen
Université Montpellier III
Université Paris Descartes
Université Paris Diderot
Université de Paris 10 Nanterre
Université de Paris 13
Université de Poitiers
Université de Rennes II
Université de Rouen
Université de Toulouse

Séminaire Inter-Universitaire Européen d’Enseignement et de Recherche de la Psychanalyse et de la Pychopathologie (SIUEERPP)
Syndicat National des Psychologues

 

La pétition est à signer sur www.sauvons-la-clinique.org

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Joyce McDougall « Théâtres de l’anormalité » 5 Mai Paris

20 Février 2012 , Rédigé par laurent rompteaux Publié dans #conférences

SAMEDI 5 MAI 2012

Université René Descartes – Amphithéâtre Binet
45 rue des Saints Pères, Paris 6ème

Joyce McDougall a abordé tous les registres de la pratique et de la théorie psychanalytique. De la psychose infantile aux troubles psychosomatiques, de l’hystérie à la « normopathie » elle a parcouru le spectre de la psyché avec une ouverture d’esprit et une créativité peu communes.

Alors qu’à cette époque certains développements théoriques pouvaient atteindre un degré de sophistication extrême, la réflexion de Joyce McDougall est toujours partie de la clinique la plus quotidienne. La théorie ne l’intéressait que dans la mesure où elle pouvait enrichir l’approche clinique, soutenir les entreprises thérapeutiques qu’elle menait dans le plus grand respect d’autrui, sans jugement ni a priori. C’est pourquoi les formulations théoriques et cliniques qu’elle a avancées gardent toute leur force et leur pertinence. Son influence a été considérable, bien au delà des cercles psychanalytiques et elle a connu une audience internationale. Elle a permis des échanges théoriques féconds entre divers courants de la psychanalyse, fait percevoir par exemple le meilleur de l’apport de la Société britannique de psychanalyse; elle a initié et soutenu le mouvement qui a permis aux analystes de se dégager des perspectives étroitement nosographiques qui tendaient à assigner les patients à un destin inexorable.

Rigoureuse dans la méthode, claire dans ses exposés, libre dans sa façon de voir et de comprendre l’étendue et les paradoxes de « l’anormalité », Joyce McDougall a illustré dans sa pratique et dans son œuvre ce que peut apporter aujourd’hui la psychanalyse.

 

 

8 h 30

Accueil des participants

9 h 00 - 9 h 15

Ouverture du colloque : Bernard Chervet, Président de la SPP
Président de séance : Paul Denis

9 h 15 - 10 h 30

Joyce McDougall et Sammy, enfant psychotique
Hélène Suarez-Labat
Bernard Touati
Denys Ribas

10 h 30 - 11 h 00

Pause

11 h 00 - 12 h 30

Théâtres du corps
Evelyne Chauvet
Robert Asséo
Patrick Miller

12 h 30 - 14 h 30

Pause-Déjeuner

Président de séance : Bernard Chervet

14 h 30 - 16 h 00

Théâtres de la sexualité
Rosine Perelberg
Paul Denis
Philippe Porret

16 h 00 - 16 h 30

Pause

16 h 30 - 17 h 45

Théâtres dans la cure
Catherine Chabert
Gilbert Diatkine
Jean-Luc Donnet

17 h 45 - 18 h 00

Intervention conclusive
Bernard Chervet

 

 

Tarifs


Inscription : 80€

Formation permanente :230€

Analystes en formation des instituts de psychanalyse de la SPP, APF, SPRF : 60€

Etudiants : 30€ - (joindre la copie de la carte)

En cas d’annulation après le 23 avril, 50% seront retenus pour frais de dossier

Bulletin d'inscription (en pdf)
Nom: . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Prénom: . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Adresse: . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Code postal: . . . . . . . . . . . Ville: . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Pays: . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Tél: . . . . . . . . . . . . . . . . . . Mail: . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Secteur d'activité: . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
* Droits d'inscription 80€
* Formation permanente (n° formateur 117.527.82.675) 230€
* Analystes en formation des Instituts de Psychanalyse de la SPP, APF, SPRF 60€
* Etudiant (joindre la copie de la carte) 30€

En cas d’annulation après le 23 avril, 50% seront retenus pour frais de dossier

- Règlements par chèque à libeller à l'ordre de la SPP

- Par virement (Code IBAN : FR76 30003 03081 0003726600032 / Code SWIFT : SOGEFRPP)

Le bulletin d'inscription et le versement des droits sont à adresser à :

Colloque de la SPP
Société Psychanalytique de Paris
187 rue Saint-Jacques - 75005 Paris

Dès réception de votre versement, il vous sera envoyé une confirmation d'inscription
Elle sera demandée à l'entrée des scéances
Inscription en fonction des places disponibles
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Mort à Freud ! le machin à Michel O. et le « penser pop corn

17 Février 2012 , Rédigé par laurent rompteaux Publié dans #infos

 Texte reçu pour publication, envoyé par le psychanalyste Roger Dadoun

 

                                  « Mort à Freud ! » -

              le machin à Michel O. et le « penser pop corn »

 

                                                                          

                                                                                              Roger Dadoun

 

 

         Avertissement : Ceci n’est pas une critique de livre!  Ceci est une tentative d’aborder, sur le terrain psychanalytique, puisque c’est sur ce terrain que nous oeuvrons,  quelques échos du tintamarre médiatique fait autour d’un ouvrage auquel nous désirons appliquer un principe freudien et libertaire de non lecture. Ceci est donc, foncièrement, une non critique, puisqu’il invite, sèchement, au non lire. Il importe, face aux marées des objets « livres » et « non-livres » (des politiciens, journalistes, sportifs, hygiénistes, financiers,  cuisiniers, et autres)  qui nous submergent, d’apprendre, d’un même mouvement, libérateur, rigoureusement libertaire, à la fois  à lire (art difficile de fouiller la lettre) et à ne pas lire (art difficile d’une décroissance raisonnée de la consommation lectorale). 

 

 

                   « Je me familiarisai précocement avec le destin de me trouver dans                 l’opposition, et d’être mis au ban de la « majorité compacte »…

                   « …Je me trouvai repoussé dans l’opposition. Lorsque peu de                         temps après on me ferma l’accès du laboratoire d’anatomie                              cérébrale et que, pendant plusieurs semestres, je n’eus pas de local                 dans lequel          je puisse faire mon cours, je me retirai de la vie                          universitaire et associative. »

                    « Après avoir très brièvement pris connaissance de la psychanalyse,              la science allemande fut unanime dans son rejet. (…) Mais au degré            d’orgueil, de  mépris sans scrupule de la logique qui éclatèrent           alors, à la brutalité et à l’indélicatesse des attaques, il n’y a aucune                  excuse. »

 

Sigmund Freud présenté par lui-même, 1925-1935, Gallimard, 1984.

 

 

                                                                                            

            Le livre de Michel Onfray - (abrégé ici en Michel O.,  pour  faire court et l’épingler en forme de « cas » qui puisse nous renvoyer à l’ « hystérie » historique d’Anna O., d’illustre mémoire freudienne, que l’on peut considérer comme le degré O de la psychanalyse) - n’a pas été fait pour être lu, mais, on s’en rend compte chaque jour,  pour que l’auteur soit « vu » (« vu à la télé », assorti d’une pléthorique  jactance, c’est le bonheur et la gloriole du politicard, de la vedette show biz, de l’« intellectuel » énervé et quelques autres prétendants confondus !), pour qu’il enfle en « visibilité » (terme tarte à la crème s’étalant à qui mieux mieux en « raconte-moi ta vie », à vertu trombinoscopique, vulgairement parlant : « montrer sa gueule »),  pour que « tout le monde en parle » - expression chère à ce « monsieur tout-le-monde » qui n’est personne, et idéal médiatique branché sur le zazique  « tu causes tu causes… » (Raymond Queneau, Zazie dans le métro - c’est le perroquet qui « cause »). Et « ça » fonctionne, à tout berzingue. Mézigue (moi), quoique répugnant  à me hasarder d’un lisant index dans tout ce débrouhaha, ce tohou-wabohou, ce bazar, me voici en parlant – non, disons plutôt : en « causant ».  Mais je ne prétends nullement en « causer » (dirait « l’école de la cause freudienne »)  comme d’un livre, puisque sa vocation, pesamment affichée, n’est pas la lecture, mais, dans une évidence « après coup », qu’un  « coup » éditorial, un « machin », un truc à six cents  (616) pages – chiffre que, pour une hédonique approche, il conviendrait de faire tinter sur l’air super rythmé de Boris Vian musiquant, dans Le tango des bouchers de la Villette,  le « filet à huit cent balles », avec sa sanglante rengaine « faut qu’ça saigne », impératif auquel il convient ici de  substituer un doublement papelard (papier et pontife) « faut qu’ça signe » -  « faut s’faire un nom, sacré nom de dieu ! », comme l’éructent, en leur creux d’âme, de caisse et de conscience, éditeurs et chroniqueurs.

 

                                      Anal d’un « Livre noir »

 

         Ouverture ainsi ouverte, on remarque immédiatement que le mot « machin » trouve référence, appui et justification dans le  rapprochement inévitable avec un précédent objet de même acabit, un machin qui pèse, lui, huit cent trente (830) pages, Le livre noir de la psychanalyse. Un tel objet, nul éditeur digne de ce nom (combien sont-ils ?) ne peut, « en son âme et conscience », le tenir pour un « livre », serait-il brou-illé au « noir » : il est, tout simplement, matériellement parlant (mais cette matérialité-là parle !), illisible. Le titre de couverture coule en lourdes traînées de lettres qui semblent excrétées ; des pages entières sont imprimées en petites, parfois minuscules capitales serrées, moches, pédantes, incongrues ;  titres et sous-titres sont en corps gras et gros, qui  font tache ; quarante contributions, récoltées à la sauvette à droite  à gauche et de travers, disposées en orgue de Staline et ordre de bataille pour cogner « contre Freud » et faire feu sur la psychanalyse, s’enfilent en bric-à-brac (reprises, fonds de tiroir, raclures) à la mords-moi-l’nœud ; jusqu’aux photos des quatre très causants collaborateurs (mais où est donc passée, machos, la directrice et préfacière annonçant messianique qu’« Il y a une vie après Freud » et disant comment « Penser, vivre et aller mieux sans la psychanalyse » ?), photos qui, dans leur aspect brouillé et brouillon, comme tombé d’une affiche « wanted », ont quelque chose d’indécent, de méprisant pour le lecteur-acheteur (pourtant, à 29,80 euros l’exemplaire, l’éditeur pouvait, même pour un tirage de quelques centaines de pavés, investir 5 euros par photomaton). Cette forme éditoriale, techniquement-psychanalytiquement « sale » (de l’ordre de l’excrémentiel), exprime le fond inconscient « sale » (de type gisement anal) qui commande une telle opération, et se proclame, aveu affiché au haut de la couverture, en forme de slogan publicitaire assassin : « VIVRE, PENSER ET ALLER MIEUX SANS FREUD ».

         Il est exsanguinolent, ce Freud ainsi expectoré « SANS » - en concurrence avec un yaourt nature sans matière grasse ou une confiture bio sans sucre, ou, titre oblige, avec un stalinisme chargé de quelques dizaines millions de cadavres sans sépulture (Le livre noir du communisme), ou encore, à la mode « cognitiviste » du jour dont se goberge le machin,  avec un anti-dépresseur bon à tout pour vivre « sans penser » et aller « sans souci ». Mais au moins a-t-on l’avantage, avec cet obèse précédent, de se faire, effluve culinaire en sus,  quelque idée de ce que l’on avance ici comme étant le « penser pop corn ». Du Freud grillé !   Du Freud évacué !  Du Freud kaputt ! Du « SANS » Freud à la une et à la haine ! Et voilà enfin - merci le machin noir - les bonnes âmes de nos honorables sociétés, copies conformes et formatées, bien pensantes bien vivantes bien causantes bien baisantes bien sonnantes et trébuchantes,  par la vertu de ce « SANS  FREUD», débarrassées magiquement du « satanique » empêcheur de « vivre, penser et aller mieux », ce gâcheur de notre bonheur d’Etat médiatique où « tout le monde il est bon tout le monde il est gentil aimez-vous magazine zen les uns les autres bonne journée merci à vous travaillez plus pour gagner plus  tout le plaisir est pour moi » !

 

                         Quand un « Messi » néo-philosophe marque un but

 

         Ce machin « noir » déposé en 2005 fantasmant et affabulant un « SANS FREUD » anticipe exactement et idéologiquement le nouveau cru 2010 « contre Freud » signé Michel O. Mais ce dernier est tombé, par affinités électives, en de bonnes mains éditoriales et réseaux médiatiques « tendance », il pratique le « one man show », toujours plus rentable : il sait bien, tiens, machinerie journalistique à l’appui, que le parler médiatique « préfère l’impair [« turbable » - c’est-à-dire fait pour plaire à la « foule », en latin turba],   plus vague et plus soluble » (Verlaine) sur les ondes et les pixels ; qu’il lui faut de l’unique, une tête unique, qu’elle soit de turc ou d’icône, qui puisse jouer au tête-à-tête et mano a mano à la fois avec le médiator hâbleur de service, qui va se la payer, la « grosse  tête » (il est payé pour « ça »), et avec le spectateur qui, dans sa « p’tite tête » qui est son « ressenti » à lui (il paie pour « ça » - c’est sa redevance télé transmutée jouissance), « l’interpelle », cette « grosse tête » causante, in petto, en famille ou au bistrot. Tandis que les « quarante » génies du « livre noir », dont quatre « gros » bras travaillant à passer le brou, moulinent leur rancœur en rond dans leur caverne d’Ali baba portant label « Arènes » (nom de l’édition) - Michel O., lui, s’est fait une tête de conteur (un sacré compteur à livres et racontars - mais pas seulement) tous terrains ; il fait « la passe » lacanoïde – le genre vite fait mal fait - tous supports : plus « visible » que moi tu meurs !, s’offre en furet frétillant sous flambants spots et glaireuses radios à la va comme je te pousse, sûr qu’il est  que pour ces petits barons inquisiteurs cuistres besognant au chrono, un machin à six cent pages se  ramène au premier chef à une quatrième de couverture et quelques sous-titres tape-à-l’œil raflés chez le voisin; sûr qu’il est que  l’interloquant, amical ou hostile, ressortira les mêmes salades, pour lesquelles lui, l’homme au machin, pas du tout interloqué, ressortira à son tour, essorées salivantes à force de ressassement, les siennes propres.  Coup réussi, but marqué, à l’arraché : et voici comment le « petit homme » (tel que le pointait Reich dans Ecoute, petit homme) néo-philosophe auto-proclamé et prophétisant sauveur popu à la « Messi » (ce champion argentin  pour aficionados, vrai paso doble du foot et sauveur de match), triomphe et jouit –  ô hédonique nycthémère* ! 

          Nous, non trop machiné ni chagriné par le non-lu machin, on n’a pas trop à s’en faire de laisser plaqué au sol cet oblong pavé de six cents pages tirées pour ne pas être lues. Il suffit de répercuter, comme ils nous parviennent (ça vient de partout), quelques échos, et de retenir quelques commentaires qui ont ceci de remarquable que, dans leur commune banalité, ils s’en tiennent au grésillement médiatique, restent à côté de la « plaque » - l’objectif étant pour tous de bruyamment proclamer, raides dans leurs pompes (funèbres) ou tournant en bouche une septuple langue, la fin de la psychanalyse. Recette style « cornes au cul » du Père Ubu : par « plaque chauffante » (poêle ou tout fond métallique), il convient d’entendre celle sur laquelle on fait sauter le maïs pour le gonfler et obtenir des pop corn  -  façon consommatoire de caractériser (on parle bien de « cinéma pop corn »)  le mécanisme du « penser pop corn ». A séquencer comme suit : susciter et attiser la « surchauffe » médiatique, jeter là-dessus quelques « miettes philosophiques » pétaradantes et gonflantes (ça fait, outre que censé savoir, « brûlot »), enrober selon le goût de chacun (êtes-vous sel, c’est saumure et merguez, êtes-vous sucre, c’est guimauve et churros),  et bonimenter le produit gonflé, en se faufilant et se faisant héler et haler de table ronde en « débat », de serviette bcbg en torchon gras, de l’universitaire pontifiant à l’hilaro-fascisme.

         Le bruitage dont s’onanise le machin se résume en cet unique cri, clameur « coup de cœur » du chœur des cabots avec hallali à courre : « A bas Freud ! » - « Freud au poteau ! » - « Mort au Freud ! ».

 

                                      Fureurs fascistes contre Freud                                   

         On ne livre donc ici que quelques minces extraits d’articles cueillis dans un seul journal (on le nomme « quotidien du soir », mais ils disent tous pareil, avec « youentubages » en bruit de fond), où je souligne en italiques les expressions symptomatiques. Mikkel Borch-Jacobsen, professeur de littérature comparée aux USA : « Le véritable crime de Michel Onfray est d’avoir suggéré, lui un homme de gauche, que Freud n’en était pas un. »  Outre l’horreur effarante du « crime » dénoncé (on plonge d’emblée dans le genre gore et belphégor !), ce Freud de gauche ou de pas gauche, de droite toute ou pas toute, malmené par un « homme de gauche » ou pas,  c’est pure galéjade - qui se fait insinuation crasse quand l’auteur ajoute : « Cela ne signifie pas, bien entendu, que Freud ait été un fasciste ». J’hallucine : l’ai-je bien entendu, succédant à ce bébête « bien entendu »-là, l’expression « ait été un fasciste » accolée à  Freud ? Freud aurait tété au fascisme ? A pleurer des larmes de lait, de sang et de fiel. L’argument usé de la dédicace à Mussolini, rédigée par Freud pris au dépourvu par la demande du père d’une patiente ami du Duce, tombe dans les eaux polluées du Tibre quand on connaît la seule allusion à Freud attribuée à Mussolini dénonçant (Popolo d’Italia,  29 juin 1933) « cette science ou imposture toute nouvelle nommée psychanalyse et qui a pour grand prêtre le professeur viennois Freud » (il ne dit même pas « idole », lui !), et surtout les furieuses et haineuses attaques de la presse fasciste. Critica fascista, 1932 : pour la psychanalyse, « nous serions tous des pédérastes ! ». Il Regime fascista, 1934 : « Par bonheur, la révolution hitlérienne a balayé toutes ces cochonneries […] En fait, le règne satanique du docteur Freud est virtuellement terminé. » La Difesa della razza, 1938 : « Le Régime fasciste nous débarrassera …de cette plaie. ». 1939 : « La doctrine du juif Freud … ne pouvait être approuvée que d’une race de bâtards » (pour qui) « la vie se déroule entre ces deux pôles : le bordel et l’asile de fous, en passant par la Bourse. »

 

                            Tant d’ « en tant que… »,  ma doué !

 

         Poursuivons quant à ces ouïe-dire sur le machin. Daniel Sibony, psychanalyste : « Freud, en tant qu’homme, était du genre honorable, conformiste, d’autant plus avide de reconnaissance que sa trouvaille restait méconnue. » Verbiage et platitude. Freud n’est, idiosyncrasiquement, ni « honorable » ni « conformiste » ni « avide » ni « méconnu » ! – rien de cela ne tient, rien ne va là, tous ces mots-là sont partout colportés, usés jusqu’à la corde pour pendre ce vil et vilain Viennois-là ! Qualifier la psychanalyse de « trouvaille » ? Que voilà, oui, une sacrée « trouvaille » ! Apprêtons-nous maintenant à dire « trouvaille du rêve », « trouvaille du deuil », « trouvaille de l’inconscient », et autres trouvaillances ? Notre trouveur ou trouvailliste – surtout pas trouvère, ça non ! -  appelle de ses voeux, chignon mignon dans la soupe analytique, « une cohorte de jeunes analystes assez libres et doués », il rêve d’une psychanalyse qui serait « bien faite par des gens doués et généreux » -  ma doué (en breton : « mon Dieu !), que c’en est  une, celle-là aussi, de « trouvaille »! En vérité (la vérité du « qui es-tu, être humain ? » de Jarry, pour l’approche de laquelle Freud éveille notre désir, fouille l’universelle aspiration, bande l’arc qui tire le coup juste), on ne peut, tant qu’à faire, parler valablement de Freud qu’en tant que penseur,  qu’en tant que chercheur, qu’en tant que « fouilleur ». Mais pour l’« en tant qu’homme », vaseuse généralité (nous sommes tous des « en tant qu’homme », même les femmes à envie phallique si ténébreuses – « continent noir » -  aux yeux d’un Freud vêtant costume misogyne d’époque !), c’est une autre paire de manches, trop lustrées (Freud, « du genre » - encore ! - bureaucrate « emmanché » portant manches lustrées ?). S’il faut en passer, détartrée de son ton hagiographique, par la lecture de la biographie signée du disciple britain Jones, il faut lire, vraiment lire cette fois,  lettre par lettre, mot à mot, shilling pour shilling, exérèse sur exérèse, les quelque mille (982) pages du Sigmund Freud – Max Eitington, Correspondance, 1906-1939, où le portrait de l’homme Freud, mâchoire scalpée par le cancer, portant à bout de bras la psychanalyse contre l’hostilité de tous les pouvoirs établis, casseur imperturbable de toutes les dominations, se dessine sous nos yeux, toutes rumeurs abolies,  dans sa simple et ordinaire humanité et son intransigeante et durable pugnacité (qu’attendent-ils donc, les analyses à la gomme d’aujourd’hui, pour  rentrer dans le gras lard de gouvernants sadiques et de banquiers escrocs et d’enculturés aux ordres ?).

         Marc Strauss (EPFCL), qui cause lacanien oecuménique, découvre que Michel O. a découvert « l’inconsistance de la vérité » (ah, tiens donc ?) et souffre d’un « amour déçu » (oh non ?). Misère de l’homme « sans Freud », ô misère ? Le psy convie l’auteur du machin « à exercer son intelligence dans une tout autre direction ». Cette fois c’est le Q.I. qui entre en scène, pour indiquer la direction du divan, où lui, le Strauss,  l’« en tant qu’analyste » sectateur d’une des loges lacano-maçonniques – serait-il, lui, un des « doués », un des « généreux » ? –  pourrait, de « passe » en « passe », étendre et entendre une « demande d’analyse en souffrance » (et combien d’euros – en espèces ? -  la séance, docteur ?).

 

                                    Haut le Freud libertaire !

 

         Historienne de la psychanalyse, Elisabeth Roudinesco entre historicieusement en scène pour remettre les pendus à leur corde : elle réduit à néant quelques-unes des plus grossières erreurs, rumeurs, bêtises, dont se trame le machin malin. Dégonflement de quelques enflures. Avec une concession néanmoins, et qui est de taille : elle traite le machin comme un livre qui serait porté par un « désir » d’analyse et de vérité, voire par une « tradition freudo-marxiste » (quel freudisme, quel marxisme ? – quelles « traditions » vont-elles des deux côtés copulant de conserve ?) ; elle débat avec, elle parle de « la surprise de ce livre », et signale, mais comme anecdotiques, ses affinités avec l’extrême-droite (on pourrait citer, là-dessus, bien d’autres références, et autrement plus tordues). Serait-ce là le « dialogue véritable » auquel, médias ameutés, prétend se prêter l’O., entre histoire pointilleuse et « révisionnisme » ? Bidon ! Trop éprise d’histoire (qu’elle lise donc Clio, de Péguy), la répliquante se laisse prendre au  piège typique de tout « révisionnisme » (noyer la substance de l’événement dans un verre d’eau, un « détail »  - Auschwitz comme « détail ! ») – qui l’empêche d’aller à l’essentiel, et de rappeler que la pensée freudienne  est une formidable machine de guerre, sans égale, fondée en raison, contre les illusions, mensonges et « affabulations », contre les religions, « idoles », sectes, sacralités, autorités, tyrannies et dominations en tous genres. Bref, un Freud libertaire, et de haute lutte, (contre lui-même, même) que contournent ou refoulent les psychanalystes eux-mêmes, qui ne pensent même pas à prendre la véritable mesure de ces meutes lâchées contre Freud (« le trône et l’autel sont en danger », ironisait pourtant Freud dans son article ravachol sur « Le fétichisme »).

         Elle se retrouve piégée à nouveau, l’historicienne, lorsque, convoquée pour s’expliquer devant le tribunal médiatique d’un obséquieux téléaste siglé F.-O.G., elle se voit cuistrement interrompue par la jactance brouillonne du téléasticoteur, et même, minable coup bas, accusée sans preuve et à deux reprises de n’avoir pas lu le machin – le télépornocrate se réservant triomphalliquement le « dernier mot », gros comme « ça », comme un bras ou majeur d’honneur, en décrétant, téléautocratiquement, qu’il est interdit de toucher à « notre grand philosophe national » (ça que c’est une « trouvaille » « historique » !).

 

                       Du bas Freud « parricide » aux « méchants » nazis

 

         Appendus à l’article Roudinesco, deux courts « extraits » du machin, l’un sur L’homme Moïse et la religion  monothéiste de Freud, l’autre sur « Freud et le fascisme », esquissent en pointillé de grains pop  ce que peut être la ligne idéologique  du « penser pop corn » (lequel, à vrai dire, domine toute la culture de notre temps, la médiatique au premier chef, mais on rencontre non moins obscènement : pop corn politique, pop corn esthétique, pop corn philosophique, pop corn religieux, et même pop corn scientifique). Freud accusé de vouloir « tuer le père des juifs » : c’est encore le fameux coup du « meurtre du père », asséné sans distinction de feu ni lieu, en clinique, en politique, en théorie, en famille, espèce de pince monseigneur psychique, qui ouvre, en l’occurrence, un modèle inénarrable de burlesque biblico-troupier. Une analyse un tant soit peu attentive, combinant références historiques, politiques, esthétiques et psychologiques, montrerait  que le Moïse de Freud représente un exceptionnel et audacieux effort de pensée pour mettre à mal et en rabattre de la notion même d’identité - communautaire,  nationale ou groupale, et même individuelle (« le Moi n’est pas maître dans sa propre maison » - principe de base de la pensée freudienne et de l’esprit critique anarchiste) -  sur laquelle on continue aujourd’hui de fantasmer, d’expulser, de massacrer.

         Moïse l’Egyptien créant le peuple juif, comme Freud le propose au scandale de tous les prêtres, c’est dire que l’Egyptien, l’autre, l’ennemi emblématique des Juifs – « nous étions esclaves en Egypte », leitmotiv biblique repris dans toutes les prières juives – fait partie intégrante de l’être du Juif (si un tel être  y avait !). Nul penseur avant Freud n’avait à ce point montré comment l’altérité, l’autre, est constitutive de l’identique, du même - lequel, du coup, ne peut plus prétendre être identique à soi, se refermer sur soi en ignorant et en excluant l’autre (et c’est peut-être là une des racines les plus profondes du coriace antisémitisme, qui est viscéralement exclusion de l’autre, et dont le juriste hitlérien Carl Schmitt réitérait, encore en septembre 1947, sans « état d’âme », une sinistre expression, en déclarant : « le Juif assimilé…est le véritable ennemi »). Plus nécessaire que jamais est aujourd’hui la pensée de ce Freud briseur des identités nationales, des clôtures et sectarismes communautaires,  religieux ou politiques ; elle est, plus que toute autre,  capable de faire pièce aux débâcles, bassesses et fortunes qui emportent notre temps. C’est ce Freud-là, celui qui met en exergue à La Science des rêves : « Si je ne peux fléchir les dieux, je remuerai les enfers »,  l’homme de « l’anarchique Aphrodite », comme disait le poète Auden, qui demeure l’homme à abattre,  pour tous ces machins mortifères sans cesse ressurgissants et aussi haineux qu’impuissants face aux radicales mises à nu auxquelles procède un Freud enfant de Swift,  Andersen et Kropotkine.

         Faisant allusion au judaïsme,  l’auteur du machin parle de «cette religion mise à mal par la brutalité nazie », et des Juifs « transformés en sous-hommes constamment tourmentés, brutalisés, maltraités ». Il importe de rappeler que la vocation pleine et entière de la pensée freudienne tient en ceci : assoiffée de savoir, elle fouille, elle révèle, elle met à nu, elle met au jour, elle « appelle un chat un chat » - c’est pourquoi elle fait peur, elle se voit sans cesse traitée de tare, repoussée comme tarée et tarie, et sommée de se taire. Ainsi,  étonnamment révélatrice est la manière, que nous soulignons dans la citation ci-dessus, de parler à brutalité modérée, qui aboutit à cet effarant parallèle : d’un côté on nous « machine » un Freud juif qui « tue » le père des Juifs et commet « le parricide des parricides » - crime absolu ; et de l’autre on banalise les nazis convenus méchants, qui « mettent à mal », « tourmentent »,  « brutalisent », « maltraitent » les Juifs …Il n’y aurait donc vraiment que ça au menu O. du musée des horreurs ? On se demande alors dans quelle trappe ubuesque seraient passées ces pratiques d’épouvante et d’annihilation qui ont nom pogroms, persécutions, expulsions, assassinats, exterminations, qui caractérisent, comme nulle autre, l’histoire juive. Mauvais traitements, donc, que tout cela, et basta ? Malencontreuse et piteuse et verbeuse dérive d’une écriture pop, aux précipités et effets lapsus suffisants pour laisser subodorer de peu ragoûtantes motivations (envie, ressentiment, démagogie, haine, pulsion de mort), et indicateurs, sommaires et bavards, de la manière dont procède le machin pop corn (là comme partout ailleurs) : d’où il vient, qui l’entretient, comment il va, et où il va - mais  pour nous, ça va comme « ça »!

* « Hédonique nycthémère » : formule, en racines grecques, du plaisir,  à la manière de Sade : « jouis nuit et jour ! »  (du grec hédonè, jouissance, plaisir ; nux, nuctos, nuit ; hèmera, jour).

** Sigmund Freud, La vie sexuelle, PUF, 1969 (recueil d’essais écrits entre 1907 et 1931, où s’affrontent  hardiesses et  limites  de sa  pensée).

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A lire, une réflexion intéressante

15 Février 2012 , Rédigé par laurent rompteaux Publié dans #infos

Article de Bernard Dugue sur Agoravox, ce monsieur n'étant pas particulièrement un partisan de la psychanalyse.

Autisme et psychanalyse : le député Fasquelle joue au Lyssenko

Quels sont les régimes où les partis en place (disons plutôt LE parti) décident du contenu des livres d’Histoire et des orientations de la recherche ? Ces régimes sont désignés comme totalitaires et si nous n’y prenons pas garde, la France risque de se diriger vers un régime qu’on dira autoritaire et qui, sous couvert de « bonnes pratiques », interdit les débats et le pluralisme dans des champs dont le ressort essentiel est la diversité des opinions, des hypothèses et des méthodes. Parmi ces champs, la science et l’éducation occupent une place prépondérante. N’importe quel citoyen sait, mais pour combien de temps encore, que le progrès ne se fait pas en suivant une seule direction mais en développant une pluralité d’hypothèses testées pour ensuite être discutées dans les congrès scientifiques. Les sociologues confrontent leurs opinions lors de discussions argumentées. Même chose pour les historiens. Alors que tout universitaire qui se respecte essaie dans ses enseignements de présenter la diversité des approches et des idées, parfois contradictoires, sur un même sujet. Or, dans sa dernière saillie portant sur l’autisme, le député Fasquelle semble avoir oublié ces fondamentaux et s’érige en censeur de la recherche et de l’enseignement, intimant aux présidents d’université de se conformer à son avis qui bien entendu, est infaillible, au-dessus des thèses savantes et des hypothèses scientifiques. Ce député qui s’en remet à une recommandation de la HAS (haute autorité de la santé) pour en faire une bulle papale. Ce faisant, il fait régresser la France vers l’époque de Galilée, quand les prélats décidaient de ce que doit être la vérité scientifique. Et pourtant elle tourne, disait Galilée, qui à cette occasion se retournerait dans sa tombe pour déclamer : et putain, elle ne tourne pas rond ? Quoi, la terre ? Non, la politique française ! Je n’ai pas fumé la moquette et pourtant ce qui a été écrit par ce député me fait halluciner. Pour peu, je m’imagine au pays des Soviets, avec une flopée de Lyssenko décidant des options scientifiques obligatoires et conformes à la doxa.

Que dit Fasquelle ? Son billet est ainsi intitulé « Je demande aux présidents d'université de tourner le dos définitivement à l'approche psychanalytique dans l'enseignement et la recherche ». Plus loin dans le texte, on peut lire ceci « La Haute Autorité de Santé qui a tourné, en 2010, la page de l'explication de l'autisme comme étant une psychose infantile sans que cela se soit encore malheureusement toujours traduit dans les faits dans les formations et la recherche universitaire ». Or, le document de synthèse de la HAS consacré à l’autisme ne dit absolument pas la même chose. Voici ce qu’on peut lire dans le préambule rédigé par le document écrit en respectant la règle du consensus formalisé « Ce document a une triple limite : (1) C’est une synthèse de connaissances qui appartient à des domaines scientifiques multiples. Cette synthèse a été limitée aux études cliniques et biocliniques et n’a pas abordé les connaissances tirées de la recherche fondamentale ou d’études relatives aux mécanismes physio- ou psychopathologiques. (2) Cet état des connaissances a cherché à donner une vision globale de l’autisme et des autres TED. Cependant, les connaissances sur les TED évoluent beaucoup actuellement dans toutes les disciplines concernées. Aussi cet état des lieux n’a pas à figer les connaissances et à stériliser les hypothèses actuelles, ni à proposer une vision unique de ces troubles. (3) Il s’inscrit dans un plan Autisme avec des impératifs chronologiques stricts du fait de la nécessité de mise à disposition rapide d’un document de base pour l’ensemble des personnes concernées. Aussi, il ne saurait être exhaustif. »

La HAS n’a donc tourné le dos à aucune approche, même si elle émet des réserves sur la psychanalyse. Le document reconnaît en fait ses limites, dues en partie aux impératifs chronologiques propres au fonctionnement des systèmes sociaux. Il faut rapidement des actions, des résultats, des documents. La thérapie doit s’accélérer, il faut être pressé, sur le pont, aller vite, satisfaire le timing des politiques qui décident des plans de santé publique et des causes nationales. C’est l’esprit de l’époque. Qui perd peu à peu ses vertus cardinales et ici en l’occurrence la patience. Heureusement, les sages savent reconnaître que les indications et les données scientifiques sont d’abord parcellaires, ensuite susceptibles d’évoluer et enfin, nullement contraintes par une vérité scientifique infaillible. Les sages affirment qu’il n’y a pas lieu de stériliser et figer les connaissances, ni de proposer une vision unique des TED et notamment de l’autisme.

Mais le député Fasquelle est plus savant que les sages et demande donc aux présidents d’université de se conformer à son avis « Dès aujourd'hui, je vais saisir le président du Conseil national des universités (CNU) et, à travers lui, l'ensemble des présidents d'université afin que l'enseignement et la recherche sur les causes et les prises en charge de l'autisme soient radicalement modifiées pour être mises en conformité avec les recommandations internationales ce qui est encore loin d'être le cas. ». On peut s’étonner de cette assurance soudaine qui s’explique par le fait que la HAS aurait sensiblement changé sa feuille de route, s’apprêtant à publier un nouveau rapport où la psychanalyse serait mise à l’écart dans le champ thérapeutique, au profit des thérapies cognitives et comportementales. On ne peut considérer qu’il s’agit d’un revirement. Juste une recommandation qui, au-delà du volet pratique, a pour finalité de donner un peu plus de visibilité à l’autisme déclaré cause nationale, de conforter le discours du premier ministre et surtout, de satisfaire une association influente de parents d’autistes, résolument déterminés à avoir la peau de la psychanalyse. Et ce, pour deux raisons, d’une part réclamer une modification dans les approches thérapeutiques en misant sur un efficace (mais limité) et d’autre part, lutter contre des approches scientifique pouvant occasionner des blessures narcissiques aux familles qui, affectées par le trouble de leur progéniture, ne supportent pas que le soupçon soit porté sur quelque défaillance dans le rapport parents enfants.

Les données scientifiques n’ont pas changé depuis deux ans mais sans doute, le contexte fait que sous la pression des associations, la HAS a fini par s’associer à ce que Madame Langloys désigne comme étant une guerre des familles contre l’intrusion des psychanalystes dans le traitement de l’autisme. Madame Langloys, présidente de l’association Autisme France, a fait partie du groupe de travail à l’origine des nouvelles recommandations de la HAS. Elle n’a rien contre la psychanalyse qui doit juste être exclue du champ de l’autisme. Du moins du champ thérapeutique. Les familles sont entrées en résistance et ont bouté l’impur freudien hors de l’autisme. Cela dit, Madame Langloys en appelle à la liberté de choix des parents pour « éduquer » leur enfant. Ce qui n’exclut pas que d’autres parents puissent encore opter pour une approche psychanalytique, du moins au niveau thérapeutique.

Au final, aucune conclusion définitive ne s’impose, même si beaucoup de parents ont eu des difficultés avec le système de santé. Il est évidemment salutaire que les parents soient associés à la thérapie et ne dépendent pas seulement du bon vouloir de spécialistes ancrés dans une pratique et peu enclins à s’en laisser conter par ces « intrus ». L’autisme est un trouble difficile à gérer, surtout pour les parents. On comprend alors cette guerre de 30 ans qui cette fois, aurait son vainqueur. Les psychanalystes sont boutés hors de l’autisme. Ce n’est pas pour autant que l’autisme est une affaire classée dans le domaine des connaissances. On ne comprend pas cette croisade idéologique menée par le député Fasquelle dont on se demande s’il n’a pas consulté l’avis de ce spécialiste incontournable du freudisme, omniscient et omniprésent, le vénérable révérend Onfray, par ailleurs grand pontife de l’église d’athéologie. Une chose est certaine, la recherche et l’enseignement doivent rester indépendants des pressions financières, politiques, idéologiques et religieuses. Mais l’époque étant celle que l’on sait, il n’est pas certain que les scientifiques résistent éternellement aux relents totalitaires que recèlent nos sociétés.

One saurait que conseiller à nos vénérables présidents d’université de recadrer ce député en l’éclairant sur l’irrecevabilité de sa requête. Il faut préserver la liberté de chercher. Les observateurs du monde pourront se pencher sur ces dérives autoritaires, pour ne pas dire totalitaires, qui se dessinent dans une société où la chasse à l’homme, à l’impur, aux boucs émissaires, au non-conforme, aux mauvaises pensées, sera la règle. Des chercheurs veulent sauver la recherche mais on se demande s’il y aura encore une recherche à sauver au rythme où va ce fascisme sans parti, provenant des groupements d’individus, des corporations, des cercles idéologiques, le tout relayé par des élus prêts à foncer dans la chasse aux déviants, hérétiques et autres alternatifs.

Un dernier mot sur le qualificatif de Lyssenko qui peut paraître outrancier et desservir mon propos en cette époque crispée où une remarque sur les civilisations vaut à l’intéressé d’être comparé à un nazi. En fait, Lyssenko était un idiot qui pour des raisons idéologiques liées au matérialisme, a conduit la biologie végétale et l’agronomie soviétique dans une impasse (et quelques scientifiques au goulag). Lyssenko jugeait la génétique mendélienne réactionnaire, au service de l’idéologie bourgeoise. Il fut destitué par les instances du pouvoir et ses thèses furent discréditées dans les années 1960. Le contexte actuel est différent mais on voit bien que le procédé est similaire. Pourquoi interdire les approches psychanalytiques et se concentrer sur une approche unique qui a l’heur de satisfaire l’idéologie pragmatiste contemporaine alors que sur le plan de la connaissance, elle « plaît » à ceux qui penchent vers des causes purement génétiques ? Nul ne peut prévoir quelle sera l’évolution de la recherche en ce domaine et la meilleure stratégie est de n’en privilégier aucune. Certes, il y a le volet thérapeutique de terrain à prendre en compte car il y a des enfants affectés mais sur le plan de la compréhension scientifique (genèse de la maladie et recherches des stratégies thérapeutiques innovantes) il n’y a pas lieu de trancher et quand bien même des décisions seraient prises, elles devraient l’être par les chercheurs et non pas par un député qui visiblement, a quelque compte à régler avec les psychanalystes, se délectant par avance d’une « bombe clinique » qui devrait péter à leur gueule ce 6 mars, lorsque le rapport de la HAC sera divulgué.

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"La détresse, aux sources de l'éthique" Paris 31/03

7 Février 2012 , Rédigé par laurent rompteaux Publié dans #conférences

PARIS, Conférence-débats
Samedi 31 mars de 14h30 à 18h

Christiane Rousseaux-Mosettig et Jean-Jacques Barreau

 

Lieu : Schola Cantorum - 269 rue Saint-Jacques, 75005 Paris.

 

Argument :

La détresse fondamentale de l'enfant à sa venue au monde ne vise d'abord qu'à s'éteindre selon le principe d'inertie qui tend à l'égalisation des tensions.
Monique Schneider, dans sa lecture de l'Esquisse de Freud, en fait une préfiguration de l'hypothèse de la pulsion de mort. L'expérience de satisfaction qui ne va pas de soi - l'offre précède la demande de l'enfant et ce n'est que rétroactivement que la satisfaction fait naître le besoin d'autres satisfactions- permet que la souffrance entendue par la personne expérimentée, puisse être ressentie par l'enfant. Ainsi la personne proche est en même temps celle qui satisfait et celle qui menace. Ambiguïté égarante qui peut être au centre d'une réflexion sur le mal.
La naissance du jugement qui fragmente pour comparer et discerner le bon du mauvais, et la pensée désirante prennent leur source dans ces premières expériences. Ainsi que l'éthique.


*Monique Schneider : Psychanalyste, philosophe, directrice de recherche émérite au CNRS.

 

 

Secrétariat Scientifique : Gérard Bazalgette, 42, rue Pérey, 33000 Bordeaux. Tél. : 05 56 24 65 93 Tél.-Fax : 05 56 84 00 36 E.mail : gerard.bazalgette@free.fr
Brigitte Dollé-Monglond, 2, avenue G. Pompidou, 31500 Toulouse. Tél. : 05 61 55 58 11 E.mail : dolle-monglond@wanadoo.fr

 

Inscription : Entrée libre

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Décès de Michel soulé

5 Février 2012 , Rédigé par laurent rompteaux Publié dans #infos

Information tirée du site Psynem

 

Nous avons la grande tristesse de vous annoncer le décès du Pr Michel Soulé qui a été notre maître, notre créateur de liens et d'idées, notre ami.

Nous allons accueillir sur Psynem les pensées et les souvenirs de ceux qui ont eu le privilège de le connaitre pour vous les transmettre.

L'équipe de Psynem, le 31 janvier 2012

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Michel Soulé m'a toujours impressionnée. Et séduite aussi.

Lorsqu'il participait au groupe de réflexion sur le diagnostic prénatal que nous animions avec Didier David à Saint Vincent de Paul de 1990 à 2000, Michel Soulé nous conduisait à la rencontre du fœtus, celui à naitre bien sûr, mais aussi celui que nous avions été et que portions en nous.

Il nous a initiés à la psychiatrie fœtale. En toutes choses, il fut un précurseur, un penseur original.

Il ponctuait toujours son discours de plaisanteries dont la finesse nous dévoilait quelque chose de notre inconscient. Il nous faisait rire de ce rire intelligent et libérateur qui dénoue les conflits, externes ou internes.

Homme de science et de savoir, il était aussi être de culture et de sagesse.

Derrière la légèreté de son rire, il y avait toujours le poids de sa réflexion.

Michel Soulé faisait de sa vie une œuvre et il nous entrainait dans des farandoles déguisées au son d'une musique baroque dans des décors parfaitement esthétiques. Il ne concevait les congrès que dans des lieux chargés de culture et de beauté.

Jusqu'à ses derniers jours, il est resté lui-même , recevant comme un roi dans son lit d'hôpital, gratifiant ses visiteurs d'un nouveau texte brillant à partir d'une relecture d' Oedipe à Colone, puis nous invitant à le suivre dans la petite brasserie où il avait ses habitudes, nous régalant d' anecdotes et d' un bon chianti. Et revenant à temps pour les soins du soir.

Dans le service hospitalier qui l'accueillait comme 'patient', il régnait encore.

Il va nous manquer, beaucoup.

Sylvie Séguret
31 janvier 2012

 

 

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"L'INTERPRÉTATION DANS LA CURE AVEC L'ENFANT"

5 Février 2012 , Rédigé par laurent rompteaux Publié dans #conférences

Colloque de la RFP
L'INTERPRÉTATION DANS LA CURE AVEC L'ENFANT

  • Sous la présidence de BERNARD CHERVET Président de la Société Psychanalytique de Paris & DENYS RIBAS Directeur de la Revue Française de Psychanalyse
  • Samedi 11 février 2012 de 13h30 à 18h00 à l'ASIEM, 6 rue Albert de Lapparent, 75007 Paris, M° Ségur
  • Avec les rédacteurs du numéro "L'interprétation dans la cure avec l'enfant" Béatrice Ithier, Isabelle Martin-Kamieniak et Sesto-Marcello Passone

Argument

L'histoire du travail analytique avec l'enfant est jalonnée de débats méthodologiques toujours actuels, dans lesquels cadre et technique interprétative n'ont pas manqué de susciter des avancées théorico-cliniques dans la psychanalyse contemporaine.

Or, si l'interprétation convoque prioritairement la verbalisation, quels mots adresser à un enfant ? Sur quelles modalités interprétatives prendre appui ? Initialement, l'interprétation de contenu prévaut généralement sur celle du transfert ou dans le transfert. Puis, la perception, la sensorialité, le corps, la fonction de l'agir dans le jeu, la valence émotionnelle deviennent plus amplement reconnus. Dans les cures analytiques actuelles, quelles voies nouvelles avec l'enfant ?

Programme

13 h 30

Accueil des participants

14 h

Introduction par Denys Ribas
Interpréter, après Winnicott et Bion

 

Table ronde
Modérateur : Isabelle Martin-Kamieniak

 

Christian Gérard - De la violence primaire à l'œdipe

Béatrice Ithier - Retour à Franckie, trauma et dissociation

 

Discussion en table ronde et interventions de la salle

15 h 30 - 16 h 00

Pause

16 h 00

Table ronde
Modérateur : Sesto-Marcello Passone

 

Hélène Suarez-Labat - Des barrières autistiques aux limites

Elsa Schmid-Kitsikis - Les mots-écrans du « silence » de soi de l'adolescent

Evelyne Chauvet - Indication, interprétation, institution

 

Discussion en table ronde et interventions de la salle

17 h 45

Conclusion Denys Ribas

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Journée d'étude Amiens 15/03

3 Février 2012 , Rédigé par laurent rompteaux Publié dans #conférences

jeudi 15 mars 2012 > "Penser les prises en charge pour les enfants ayant vécu de multiples séparations ou placements"

 


L’ICSMP et le D.U d’observation du nourrisson selon E. Bick et ses applications organisent

le jeudi 15 mars 2012

 

une Journée d’étude sur le thème :

"Penser les prises en charge pour les enfants ayant vécu de multiples séparations ou placements."

 

avec
- Professeur Bernard Golse, chef du service de Pédopsychiatrie de l’Hôpital Necker-Enfants-Malades Psychanalyste, APF, (Paris)
- Annette Watillon Psychanalyste, SPB, (Bruxelles)
- Pierre Denis, Psychanalyste, (Paris)


Espace Dewailly (Amiens)

Prix : 30€
Adhérents : 25€
Etudiants : 15€

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UN PSYCHANALYSTE DANS LA TOURMENTE Amiens 16/02

1 Février 2012 , Rédigé par laurent rompteaux Publié dans #conférences


Soirée-débat

UN PSYCHANALYSTE DANS LA TOURMENTE
AUTOUR DU SEXE, DU GENRE ET DE LA SEXUALITE.

 


avec Colette CHILAND
Agrégée de philosophie .
Professeur honoraire de psychologie clinique à René Descartes.
Psychiatre au centre Alfred Binet.
Psychanalyste membre de la S.P.P .


Ouvrages :

- Sois sage, ô ma douleur. Réflexions sur la condition humaine, Paris, Odile Jacob., 2007
- Le transsexualisme, PUF, "Que sais-je ?", 2003
- Le sexe mène le monde, Paris, Calmann-Lévy., 1999
- Les enfants et la violence, PUF, 1998
- Autismes de l’enfance, PUF, "Monographies de psychanalyse", 1997
- Changer de sexe, Paris, Odile Jacob., 1997
- L’ enfant de six ans et son avenir, PUF, "Fil rouge (le)", 1992
- Mon enfant n’est pas fou, Paris, Centurion., 1989


Au sein de notre société multiculturelle, une nouvelle culture a pris une ampleur croissante depuis les années 1950 avec l’introduction du terme « transsexualisme » par Harry Benjamin en 1953, l’invention du « genre » identitaire à côté du genre grammatical par John Money en 1955, le combat des homosexuels contre la persécution dont ils étaient l’objet et le retrait de l’homosexualité de la liste des maladies mentales par un vote de l’American Psychiatric Association en 1973. Nous assistons à une véritable tourmente engendrée par le mouvement LGBTIQ, Lesbien Gay Bisexuel Transgenre Intersexe Queer. Queer est un mot anglais qui signifiait « bizarre » et a été utilisé pour stigmatiser les homosexuels, puis repris avec fierté d’abord par les homosexuels, ensuite dans la mouvance transgenre pour caractériser une identité indifférenciée, d’aucun sexe/genre, de l’un ou l’autre, ou des deux à la fois ; on pourrait dire que, être queer, c’est se débarrasser du genre vécu comme carcan. Ce mouvement LGBTIQ aux facettes et aux fractions multiples va jusqu’à affirmer que, pour que la sexualité soit libre, il faudrait que le choix du sexe soit libre.

Que vient faire un psychanalyste là-dedans ? Je suis tombée dans la marmite, non pas de la potion magique d’Astérix, mais de la potion délétère du transsexualisme le jour où le petit Antoine, âgé de 4 ans, est entré dans mon bureau et m’a déclaré qu’il voulait devenir une fille. Je me suis occupée d’Antoine avec mon équipe et j’ai constaté qu’une équipe s’appuyant sur la théorie psychanalytique pouvait faire un travail utile avec un tel enfant et sa famille.

Puis j’ai découvert les transsexuels adolescents et adultes. Harry Benjamin avait affirmé depuis 1953 que la psychanalyse ou la psychothérapie était impuissante devant le transsexualisme et proposé la « réassignation hormono-chirurgicale du sexe » comme seul traitement possible pour ces personnes en grande souffrance. Il s’était alors trouvé des psychanalystes pour affirmer au contraire que les transsexuels relevaient de la psychanalyse, de la « cure-type » comme nous disons en France. Avaient-ils jamais eu un transsexuel sur leur divan, on peut en douter. Mais tout psychanalyste confronté au « phénomène transsexuel » (Benjamin) fait ce que j’appelle « la maladie infantile du psychanalyste » et croit qu’il va pouvoir faire changer d’avis les personnes qui le consultent.

Puis il guérit de cette maladie en disant, non pas qu’il ne sert à rien, mais qu’il ne peut que fournir un « accompagnement » de la personne, qu’elle décide ou non de demander ce qu’on appelle en France « la transformation hormono-chirurgicale du sexe » ; cet accompagnement nécessite qu’il soit « neutre » quant au projet de la personne. Un psychanalyste, ce n’est pas seulement un psy qui fait des cures types, c’est plus fondamentalement un psy qui prend en compte « l’épaisseur » du psychisme humain et tente de donner une cohérence au déroulement d’une histoire vécue. Cet accompagnement l’amène à avoir des vues différentes de celles de Freud et de beaucoup de psychanalystes sur le sexe, le genre (que Freud ignorait, on ne l’avait pas encore inventé), la construction de l’identité sexuée, la sexualité et l’homosexualité…

Avec les enfants qui refusent leur sexe d’assignation, qui est leur sexe biologique, le « psy » peut avoir un rôle plus important. En travaillant à améliorer les interactions de l’enfant jeune avec ses parents, très souvent on voit l’enfant accepter son sexe. Mais ici deux écoles ou idéologies s’affrontent, ceux qui pensent aider l’enfant par un tel travail, et ceux qui crient au martyre : « Laissez-les vivre et choisir leur sexe ! ».

Ce travail fait avec les enfants et leur famille permet de proposer une hypothèse quant à l’étiologie énigmatique du transsexualisme : l’enfant très précocement, dès la première année, refuse d’être traité comme il est traité, il refuse la position de garçon ou de fille qu’on lui assigne ; à cette époque, il est bien incapable de verbaliser ce qu’il vit, il n’a pas de souvenirs qui s’inscrivent dans une mémoire verbale ; il réagit à un malaise intense en se comportant autrement, comme si tout irait mieux s’il appartenait à l’autre sexe. Son sexe et l’autre sexe, il ne sait même pas ce que c’est ; ce sont ses parents qui ont dans la tête des pensées et des sentiments complexes à propos de son sexe et l’enfant réagit en construisant une image de ce qu’il veut être.

Des facteurs biologiques favorisants ? Il y en a peut-être. Jusqu’ici on n’a rien trouvé de valable, malgré le bruit qu’on a fait, par exemple autour de la subdivision centrale du noyau basal de la strie terminale (central subdivision of the bed nucleus of the stria terminalis). Par contre, on a constaté que des facteurs phénotypiques (et non pas génotypiques) jouaient un rôle, telle l’attractiveness, l’attraction qu’exerce un bébé ; un joli bébé est pris pour une fille, une fille agitée pour un garçon. De toute façon, l’équipement psychobiologique à la naissance est variable, mais, quel qu’il soit, donne toujours lieu à des interactions avec l’environnement.

La psychiatrie du bébé, la psychiatrie périnatale ont montré les compétences précoces des enfants et le rôle majeur des interactions précoces (j’utilise ce terme pour recouvrir l’attachement, l’identification, etc.). C’est une très grande question, qui déborde le problème des Gender Identity Disorders, de savoir ce qu’il est possible ou non de mobiliser dans les conséquences des interactions précoces. Il y un roc du psychologique comme il y a un roc du biologique.

À partir de là, on comprend la pauvreté du discours des transsexuels sur le masculin et le féminin, pauvreté constatée par tous, et qui m’avait toujours intriguée. On comprend que, dans le refus du sexe d’assignation, il s’agit de couches premières et non verbales du psychologique, qui contribuent au développement, et ne peuvent plus être accessibles et mobilisables dans l’après-coup par des stechniques psychothérapiques (pas seulement psychanalytiques, la Thérapie Cognitivo-Comportementale ne s’est pas attaquée à ces problèmes).
Sur plusieurs centaines de personnes transsexuelles que j’ai rencontrées, une seule a renoncé à la transformation après deux psychanalyses successives ; la psychanalyse n’est pas un échec, elle n’est pas mise en œuvre, elle est tout simplement refusée par la personne transsexuelle avant la transformation ; c’est seulement après la transformation qu’un certain nombre de personnes transsexuelles, s’adaptant incomplètement à leur nouvelle identité, peuvent envisager de prendre en considération sur la scène psychique ce qui, en elles, a relevé du sexe biologique (voir le bel exemple rapporté par Danielle Quinodoz).


JEUDI 16 FEVRIER 2012 à 20h30
à la Faculté de Médecine ,
3 rue des Louvels - 80000 AMIENS
Amphi Fernel

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