Le philosophe Guillaume Le Blanc était à Lille dans le cadre de citéphilo pour une discussion sur la question de l'invisibilité sociale, occasion d'écouter le point de vue d'un non-psy sur la
question de l'exclusion.

Guillaume Le Blanc s'intéresse à l'effacement des corps dans le social, il distingue
d'emblée une façon voulue : la vie privée, la solitude ; des vies contraintes à s'effacer.
Son propos portera alors sur la construction sociale de l'invisibilité.
Exister ce serait être retenu par les autres comme quelqu'un qui peut être perçu. Mais alors d'où vient la neutralisation de la perception d' une vie ?
Platon faisait à son époque le lien entre invisibilité et omnipotence à travers sa lecture du mythe de l'anneau de Gygès, aujourd'hui il serait plutôt question de l'impuissance sociale.
Pour être reconnu chez Levinas le visage est premier, chez Le Blanc c'est la voix qui est première .
Dans la grande exclusion la voix est souvent perçue comme une vocifération, du bruit plus que du langage. La voix du sujet fragilisé tend à disparaître. A partir de l'effacement de la voix le
visage disparaît.
L'auteur prend également comme exemple la question des immigrés dans notre région et la volonté politique qu'on ne les voit plus pour les faire disparaître.
Mais Guillaume Le Blanc n'arrête pas là sa réflexion car le but est de déboucher sur de nouvelles relations intersubjectives et relancer les capacités créatrices de sujets.
Comment venir en aide aux précaires alors que les institutions sont également malmenées ? Comment trouver sa place actuellement entre le risque du tout médicalisé et celui du tout
compassionnel?
Il énonce après une idée maîtresse de sa réflexion la nécessité de faire oeuvre c'est à dire produire quelque chose de soi pour laisser trace, il lie cela encore à l'idée de reconnaissance.
Il rejoint là les idées d'Axel Honneth- on en avait parlé sur ce blog- et l'école de philosophie sociale dite de Francfort en s'en distinguant par le fait qu'il énonce que selon lui n'importe quoi
ou n'importe qui ne peut être reconnu.Pour lui la reconnaissance doit porter sur des oeuvres malmenées.
Au final son discours m'est apparu très moderne, proche de nos questionnements sur les "flambées" de certaines pathologies en lien avec le système capitaliste, la nécessité de reconnaître l'autre à
travers le lien crée(les travaux d' Alberto Eiguer dans on dernier ouvrage "Jamais moi sans toi") , la place de l'intellectuel, son engagement en tant que porte-voix (la psychanalyse argentine de
groupe) et sur le fait que faire oeuvre ne veut pas dire produire dans le sens de travailler, la vie psychique de quelqu'un n'est jamais entièrement centrée sur le travail.
Je vous propose d'écouter Guillaume Le Blanc sur France Culture en cliquant sur le lien suivant
invisibilité.